Maurice Godelier

Au fondement des sociétés humaines.

J'ai beaucoup hésité à mettre ces citations en ligne. Un bouquin d'ethnologie est-il fait pour donner des citations, agréables, drôles, piquantes, capables de faire le coup de poing dans un dîner mondain ou de donner la réplique sur la scéne des polémiques quotidiennes? Je ne le pense pas. Au surplus, arrachant au texte ses mots. Les isolant hors du "contexte" ne suis-je pas en risque de voir ces mots, mis en liberté, en prendre un peu trop et venir raconter les histoires qui les intéressent et non celle qu'ils devaient servir.

J'ai pris le risque. Il y a là des choses essentielles. Des pensés qu'il faut remâcher. Ruminer. N'est-ce pas Nietzsche qui en appelait à la vertu de ruminant des penseurs?

 

 

 

 

 

 

40           Tous les rapports sociaux, y compris les plus matériels, contiennent des « noyaux imaginaires » qui en sont des composantes internes , constitutives et non des reflets idéologiques

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40           Les rapports sociaux qui font, d’un ensemble de groupes humains et d’individus une société, ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais ceux qu’en Occident on qualifie de « politico-religieux »

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43           L’imaginaire c’est la pensée…. C’est d’abord un monde idéel, fait d’idées, d’images et de représentations de toutes sortes qui ont leur source dans la pensée…. Le domaine de l’Imaginaire est donc bien un monde « réel » mais composé de réalités mentales (images, idées, jugements, raisonnements, intentions) que nous appellerons globalement des réalités idéelles qui, tant qu’elles sont confiées dans l’esprit des individus, restent inconnues de ceux qui les entourent et ne peuvent donc être partagées par eux et agir sur leur existence ;

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44           L’Imaginaire n’est pas le Symbolique, mais il ne peut acquérir d’existence manifeste et d’efficacité sociale sans s’incarner dans des signes et des pratiques symboliques de toutes sortes qui donnent naissance à des institutions que les organisent, mais aussi à des espèces, à des édifices, où elles s’exercent

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45           …comme tout être humain endettés dès leur naissance vis-à-vis du pharaon qui leur avait donné le souffle et la vie, mais ils lui devaient aussi de voir revenir chaque année l’eau du Nil, chargé du limon qui engraissait le sol qu’ils cultivaient.

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47           En fait, aussitôt que des individus et/ou des groupes entrent dans un rapport social quelconque, ce rapport n’existe pas seulement entre eux mais en eux.

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49           … c’est l’imaginaire partagé qui, dans le court, comme dans le long terme, maintient en vie les symboles.

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51           Ce que des hommes ont inventé pour interpréter le monde qui les entoure, et eux-mêmes au sein de ce monde, et pour agir sur lui, et sur eux-mêmes, les autres hommes peuvent le comprendre…sans nécessairement y adhérer et être poussé, à mettre en pratique les principes et les préceptes contenus dans les formes de pensée en question….Hamlet, Œdipe …. Nous « disent » des choses sur les autres et nous apprennent quelque chose sur nous-mêmes.

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58           La connaissance des mythes, des rites, des règles qui organisent descendance et alliance, des habitudes aussi des animaux qu’ils chassent, leur servent directement à produire quotidiennement leurs conditions concrètes d’existence, et par là, à produire et à reproduire, jusqu’à un certain point leur société.

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77           … rechercher si certaines réalités essentielles à la bonne marche des sociétés ne se tiennent pas en dehors du marché et ne sont pas appelées à y demeurer.

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80           De mon point de vue au contraire, s’il fallait à tout prix accorder un primat, ce serait à l’Imaginaire sur le symbolique plutôt que l’inverse. Car objets sacrés et objet précieux sont d’abord et avant tout des objets de croyance, dont la nature est imaginaire avant d’être symbolique dans la mesure où ces croyances portent sur la nature et sur les sources du pouvoir et de la richesse qui partout ont eu pour une un contenu imaginaire.

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81           Mauss cherchait avant tout à mettre en évidence que l’objet donné n’était pas complètement aliéné, qu’il restait lié à son propriétaire, et se trouvait donc être à la fois inaliénable et aliéné.

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84           Les contredons n’annulent pas les dettes créées par les dons. Ils créent d’autres dettes qui viennent équilibrer et non annuler les premières. … les dettes ne s’annulent jamais d’un coup, ni entièrement, mais elles s’éteignent au fil du temps, lentement. …re-donner n’est pas rendre, ce qui est difficile à comprendre pour un occidental…

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91           Ce qu’il a cédé, en fait, en donnant cet objet n’est pas son droit de propriété mais son droit d’usage, le droit d’utiliser cet objet pour faire d’autres dons.

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92           Comme les objets sacrés, les objets précieux sont investis d’une valeur imaginaire qui ne se confond pas avec le travail nécessaire pour les découvrir ou les fabriquer, ni avec leur rareté relative. Cette valeur imaginaire traduit le fait qu’ils peuvent être échangés contre de la vie, qu’ils sont mis en équivalence avec des êtres humains.

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93           L’objet sacré est donc une source de pouvoir dans et sur la société et à la différence de l’objet de valeur, il se présente comme inaliénable et inalièné.

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95           Finalement, un objet sacré est un objet matériel qui représente l’irreprésentable, qui renvoie les hommes à l’origine des choses et témoigne de la légitimité de l’ordre cosmique et social qui a succédé au temps et aux événements des origines…. Un morceau de la « Vraie Croix » n’est pas beau. Il est plus que beau, il est sublime.

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96           Les objets sacrés ne sont pas des symboles pour ceux qui les manient et les exhibent. Ils sont vécus et pensés comme la présence réelle des puissances qui sont là la source des pouvoirs contenus en eux.

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97           … les hommes ne vivent pas seulement en société, comme les primates et autres animaux sociaux, mais ils produisent de la société pour vivre.

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101         Les Buruya et leurs voisins parlaient une même langue, l’une des 1500 langues recensées dans l’ensemble de la Nouvelle Guinée...

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103         Pas plus que les rapports de parenté, les activités économiques ne sauraient être la base sur laquelle la société se forme et existe comme un tout aux yeux de ses membres, ainsi qu’à ceux des groupes territoriaux voisins.

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109         …ce qui fait la société, ce n’est donc pas la parenté, c’est l’exercice en commun d’une sorte de souveraineté sur une portion de la nature et sur les êtres qui la peuplent, pas seulement les végétaux et les animaux, mais aussi les êtres humains et avec eux les morts, les esprits et les dieux qui peuvent y résider-et qui sont censés apporter aux humains la vie ou la mort.

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114         Car à travers l’institution des initiations, ils ré-établissent et re-légitiment en permanence les deux types de hiérarchie qui structurent la société…

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127         Produire de la société, ce n’est pas seulement s’adapter au marché.

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129         Partout, un homme et une femme ne fabriquent qu’un fœtus, celui-ci appelant, pour devenir un enfant humain complet, l’intervention d’agents plus puissants que les humains- des ancêtres, des esprits ou des dieux.

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133         C’est le soleil, père des Baruya, qui complètera le corps du fœtus dans le ventre des femmes et le dotera du souffle.

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137         Les enfants-esprits sont des esprits de défunts qui désirent renaître dans le corps d’un de leurs descendants…. Touts les enfants sont donc des morts réincarnés, mais ils ne gardent aucun souvenir de la vie menée par l’ancêtre que s’est réincarné en eux.

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152         Dans beaucoup de sociétés, la naissance n’est pas un commencement absolu- pas plus que la mort n’est la fin de la vie.

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200         Quoiqu’il en soit, l’être humain marche au cerveau, à la représentation cérébrale, donc à la simulation intérieure plus qu’à la stimulation extérieure. Et, de ce fait, la sexualité fonctionne davantage à la représentation et au fantasme qu’à la « réalité ».

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206         L’homme n’est pas seulement un être qui s’adapte, mais un être qui s’invente.

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206         (l’homme) est un être qui ne peut pas vivre en société sans se donner ou recevoir dés sa naissance la capacité de produire de la société pour vivre.

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217         Par cette coopération des humains et des esprits, ce n’est pas seulement une société qui se reproduit, c’est en même temps un ordre cosmique qui se manifeste et apporte son soutien aux entreprises humaines. L’ordre social s’inscrit dans un ordre cosmique.

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227         Par ces rites, les clans participaient, par l’intermédiaire de leurs chefs, à ce que Firth a appelé « le travail des dieux » qui leur accordaient ou leur refusaient d’abondantes récoltes, des pêches fructueuses ou des enfants robustes et nombreux…. les rites ne sont pas le travail des dieux, mais le travail des chefs agissant avec les dieux.

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239         Ce ne sont pas les rapports économiques qui ont engendré le système des castes, ce sont les castes, c’est-à –dire une organisation politique et religieuse de la société, qui ont fourni aux activités économiques et leurs contenus matériels et leurs forme et dimension sociales et religieuses.

 

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