A LA FIN, LE CHIFFRE
Donc, le Pape vient de s’exprimer ubi et orbi sur le grand sujet qui agite les mondes civilisés : l’IA ! (le pape, combien de neurones, a lancé Donald se voulant drôle comme Joseph). Je me propose de lire l’encyclique et de la commenter au fil de mes newsletters. En préambule, on relèvera que tous les siècles que Dieu fait, ses représentants sur terre, s’attachent à commenter l’état du monde et à attirer l’attention des peuples, qu’ils soient dans la vraie foi ou ailleurs, sur son agitation et sur l’obligation de s’y intéresser. Ainsi, régulièrement depuis 1740, le pape envoie ce qu’on nomme des lettres circulaires (encycliques) destinées prioritairement aux évêques et, par leur intermédiaire, à l'ensemble des catholiques. Depuis le pape Jean XXIII, elles s'adressent aussi à tous les hommes de bonne volonté.
Donc, même Poutine en est destinataire. Même le petit gros coréen. Même Erdogan qui s’acharne à transformer les églises en moquées. On dit que Castro « le petit » la reçoit et la lit en cachette. Il ne serait pas impossible d’apprendre que Mélanchon aussi la reçoit, sous pli cacheté, et se la ferait lire par Clementine. Meilleur moyen, compte tenu de la diction hésitante de cette dernière et de son physique peu avenant de ne pas se laisser attraper par la beauté du texte.
Donc, reconnaissons, avant même de l’avoir lue, que cette lettre est immédiatement frappante. Le sujet ne serait pas si sérieux qu’on serait tenté d’emblée d’en dire du bien telle qu’envoyée au monde par Léon XIV et de ne pas aller plus loin. Son titre « Magnifica Humanis » nous renvoie à la question au bout de laquelle nous n’avons jamais eu le courage d’aller. L’Humanis est magnifique par principe et par conviction à condition de savoir pardonner tous ceux qui ont fait de l’Humanis le champ clos de toutes les perversions, la carrière où l’homme est traité comme une bête et, par-dessus tout, l’occasion pour l’homme de détruire ses semblables.
La Lettre encyclique du Pape porte « Sur la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle ».
Il n’est pas encore venu le moment de la lecture critique de cette lettre mais il n’est pas interdit de s’interroger sur le champ de réflexion qu’ouvre son titre. Pourquoi diable découvrir aujourd’hui que la personne humaine doit être protégée ? et pourquoi tancer la responsabilité de l’intelligence artificielle et de ses inventeurs ? Faut-il, connaissant les accointances du pape avec la pensée augustinienne, rappeler ce propos sévère comme Hippo savait en tenir « de là force discours, comme le plus souvent, quand l'intelligence est dans la gêne ».
Protéger la personne humaine est-il différent de « protéger l’Humanis » ? N’est-ce pas une étrange proposition ? « Protéger » ne conduit-il pas à une vision réductrice de l’Humanis qui est pourtant « magnifique » ? N’est-on pas interpelé par cet ensemble d’aller et retour entre « le magnifique de l’Humanis et la menace qui pèse sur la personne humaine ? On ne peut pas ne pas rappeler cette remarque de Heidegger pour qui penser contre l'Humanisme se justifierait pour avoir surestimé l’humanité, alors qu’il ne la pensait pas assez haut.
Mais au sujet de l’intelligence artificielle : qu’a-t-elle fait pour qu’il faille s’en protéger ? La formulation du titre de l’encyclique ne la désigne pas comme acteur de la menace mais, comme le sont l’eau ou l’air, source de vie mais aussi vecteur de mort.
On ne dira pas que le terrain de l’encyclique est miné ! On n’aura ici cherché qu’à proposer une lecture étonnée plutôt que de connivence.
Renverser les tables
Dans l’affaire du golf Trump, anciennement Golf Persique, beaucoup d’erreurs d’interprétations comportementales, d’analyses stratégiques et de visions écogéographiques ont rendu particulièrement ardues la compréhension des évènements.
Pour certains, il s’agissait d’une action destinée à empêcher l’Iran de se doter d’un armement nucléaire, pour les autres ce n’était qu’une mise au pas d’un régime voyou comme le dernier quart de siècle en a trop vu éclore, enfin, mais pas très clairement exprimé, trainait dans quelques esprits impérialistes, un fort désir d’empire qui, dans cette partie du globe, s’appuierait sur le rassemblement des pays du moyen orient inféodés à la nouvelle Rome, les Etats-Unis.
Le Président Trump se serait-il contenté d’un projet somme toute un peu riquiqui ? Difficile à déterminer tant ses voies sont multiples et ses choix imprévisibles (comme celles du Seigneur, disent ses admirateurs). On sait que le Président veut marquer le siècle, voire le millénaire. Ne s’efforce-t-il pas de changer la terminologie traditionnelle des cartes géographiques : le golfe du Mexique débaptisé en golfe d’Amérique, La Manche en George Washington Channel et le détroit d’Ormuz en détroit de Trump ? Une certitude : In « Trump we trust » ! Cette nouvelle devise apposée sur les billets de banque américains remplacerait le fameux « in God…. ». Pour preuve le Président a récemment revendiqué que les greenbacks fussent signés par lui et non par un obscur plumitif du Trésor américain….
Non, très clairement, cette affaire du Golfe, doit être vue avec davantage de hauteur. Les changements de nom de lieu ne sont pas de simples lubies, fruits d’un esprit quelque peu dérangé, ils renvoient à l’essentiel, à la puissance du verbe : nommer, c’est donner naissance, changer le nom des choses et des êtres, c’est annoncer une appropriation nouvelle, un renversement du gouvernement des choses. On sait que dans la tradition impériale chinoise, la première décision du nouvel empereur, était de changer le nom des choses et des êtres. On se souvient que la Révolution française prétendit prendre le contrôle du temps en changeant la nomenclature des jours et des mois. En ce sens, la présidence de Trump est bien un avènement et non pas un simple évènement.
Avènement de quoi ? Un fils du « Nouveau Monde » serait venu en abattre les murs, devenus trop vieux, cernant un monde dépassé et sourd à de nouvelles paroles comme ce fut le cas de la plus vieille ville du monde. Sous l’effet des trompettes hébreux « Jéricho est ensuite rasée intégralement femmes, vieillards et enfants, et tous les animaux sont mis à mort… ». Le verbe trumpien serait de l’ordre des trompettes et de la chute des vieilles idées, mondialisation, égalité des nations, loi du plus riche, organisation d’un monde prétendument unifié. En langage moderne on devrait entendre ainsi les termes du vrai message du Président : « renverser la table » et « redistribuer les couverts ».
Le vrai message du Président ? il faut risquer une réponse qui a valu pour toutes les questions de tous les temps : « Au début était le verbe »… sans qu’on connaisse le contenu… Essayons pourtant de dévoiler quelques éléments du verbe trumpien. Quelques signaux sont perceptibles.
Au début fut le Groenland, vaste étendue glacée. Et dans la foulée, il y eut le Canada, une autre étendue glacée. Dans les deux cas, une évidente recherche de pureté septentrionale. Un empire du Nord se dessinait. Mais un Empire incomplet et ne pouvant prétendre à un quelconque impérium universel. Ici, pourrait se placer le rôle du conflit actuel, au moyen Orient, là où sont toutes les vrais religions, un impérium de la sagesse serait en cause.
Trump continuerait à renverser les tables, étendant l’impérium du nord à l’Amérique du Sud. Certains gestes, le Venezuela, Cuba, Panama montrent que l’extension impériale est très probable. Quant à l’Orient, ce sera nécessairement la tâche de ses successeurs…Trump ne se veut pas conquérant, il porte le verbe et s’attend à sa transmission par-delà les années. Il aura été à l’origine et à l’initiative de tout et aura renversé les tables pour qu’un nouveau monde éclose.
Au fait, dans toutes ces histoires où se trouve l’Europe ? « Jéricho est ensuite rasée intégralement…tous les habitants, femmes, vieillards et enfants, et tous les animaux sont mis à mort. La ville et son butin furent alors maudits ».
En considérant l’histoire de la France, on ne peut
qu’être frappé par l’absence de « chefs ». On peut en tirer une certaine gloire et en déduire que les Français ne font pas partie des troupeaux d’agneaux qui suivent un héros et s’y
dévouent. Il faut se féliciter que l’esprit public français ne soit pas obscurci par les harangues des chefs dans de grands stades rassemblant des foules en pamoison.
Les critiques diront que cette vision idyllique est mise à mal par quelques exemples. Reconnaissons qu’ils sont plutôt rares. Ecartons, Charlemagne, Saint Louis, Louis XIV, et même Napoléon.
S’ils suscitaient l’admiration de leurs sujets, celle-ci n’était pas générale, ni massivement exprimée. Ce sont les auteurs de livres d’histoire qui ont fabriqué des enthousiasmes de littérature
ainsi que des professeurs enseignants l’idée du héros à leurs élèves, voire les politiques qui rêvaient de Panthéon. En vérité, la population française a toujours été réticente à l’égard des
personnages charismatiques. Le Général de Gaulle ne subit-il pas l’horreur du ballotage ?
Pourtant, les Français sont tout à fait capables de s’enthousiasmer pour des idées et, pour elles, de mener des combats de longue haleine, mobilisant toutes les classes de la société. Se battre
pour des idées est noble et va bien à « l’insolente nation ».
Et ça marche ! Les Français, qui ne peuvent supporter les leader charismatiques, sont prêts à se faire tuer pour des discours savants. On ne se perdra pas dans des exemples antiques, comme
l’affaire Dreyfus qui divisa la France en deux. On n’évoquera pas de sombres affaires judiciaires, affaire Stavisky par exemple. Il vaut mieux se reporter vers des exemples récents.
« L’affaire Raoult » a donné au monde une raison de ricaner sur l’arrogance imbécile des « sachants français ».
Revenons sur le Professeur Raoult : un homme qui a réussi à faire d’un médicament au nom barbare « l’hydroxychloroquine » un instrument de lutte et d’éradication essentielle contre le
virus du Covid. On se souviendra que ce virus fut à l’origine d’une crise sanitaire d’ampleur mondiale et que les peuples affolés réclamaient des solutions à des gouvernants déboussolés. Personne
ne trouvait la bonne solution. C’est alors que le bon docteur Raoult survint avec son produit. En France, les passions se déchainèrent, il fallait produire la chloro-truc immédiatement. Sûrement,
les lenteurs du pouvoir à faire pousser les usines tenaient aux manipulations malsaines des grands conglomérats pour défendre leurs poudres de prelinpinpin à grosses marges. L’esprit public s’en
mêla, les plateaux-télé composés de types en blanc se multiplièrent, le promoteur du médicament miracle fut convié à l’Assemblée nationale pour tout expliquer.
Or, tous ces discours étaient faux car le produit était inefficace. Pourtant, l’idée était belle : soigner le monde, le sortir des crocs du virus, faire que la France, fut reconnue
comme la mère des arts … du monde moderne. Tout était faux, mais, ne fallait-il pas « laisser sa chance au produit ? ».
Ce n’est pas une histoire absurde : Aujourd’hui, le retour, c’est le cas de la taxe Zucman.
Le débat est bien choisi.M. Zucman n’a pas eu besoin, comme Raoult, de se lancer dans de très longs discours : pour lutter contre les riches, on peut éviter les réflexions compliquées et
retenir des idées simples. Il faut les taxer. Voilà qui résume bien l’aptitude française à faire simple quand les autres font compliqué. Et voici, M. Zucman, qui se promène de plateau-télé en
plateau-télé, qui est appelé à l’Assemblée nationale pour y donner un cours d’économie « simple ». Que faire lui demande-t-on pour en finir avec la pauvreté ? il faut supprimer la
richesse ! répond-il. Toutes les richesses ? La richesse improductive ! et les journalistes (qui n’ont pas tous bien compris) de transmettre le vrai message. « Moins de
richesse. Moins de pauvreté ». Ou bien « Trop de richesse, tue la richesse », dans ces conditions, mieux vaut la taxer avant qu’elle disparaisse.
Brillante idée qui, proférée devant le monde stupéfait, assoira mieux encore la belle réputation de la France. Elle n’a pas de pétrole mais, elle sait remuer le monde avec ses
idées.
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