Soliloques sur le Vaste Monde , mars 2026

Tuez-les tous

 

Mort d’un militant ?



C’était un peu trop facile. Le gars n’était pas un méchant. Ce n’était pas non plus un excité. Simplement, quelques idées solides, des convictions fortes, dira-t-on plus tard, mais surtout honnêtes. Le prototype du militant. Celui qu’on fait défiler parce qu’il a une bonne tête, parce qu’aussi il a une belle voix qui porte. Et aussi, un homme qui fait exemple et qui sait animer d’autres hommes au nom d’un idéal, au nom de convictions fortes. Il pensait beaucoup à la France. Il pensait qu’elle était grande et que lui, pourrait jouer un rôle là-dedans.

C’était sans compter les risques du combat politique.
C’était le type même de gars à qui on pouvait casser la gueule, gentiment, une leçon en quelque sorte. Une leçon qu’il devrait encaisser et qui servirait pour que ses copains se tiennent à l’écart, pour qu’ils s’écrasent et laissent la place.

Beaucoup plus tard dans un établissement d’enseignement réservé aux élites de la France, on commentera sa mort avec la délicatesse et le respect humain que tout intellectuel de haute volée doit à son « prochain » : « Bien fait pour sa petite gueule de nazillon » ! Une belle épitaphe dite avec finesse par des professeurs responsables de l’éducation politique des futures élites. « Nazillon » ! Voilà qui était bien envoyé « et qui renvoyait ce jeune garçon et ses amis, agressés au même moment, à ce qu’ils cherchaient ». Grossièrement dit, ils l’avaient bien mérité : « C’est pourtant simple, le tueur c’est un antifasciste et le mec mort c’est un néonazi ».

Et après ? Une fois qu’on a bien réglé les comptes, on s’en fout ! On en rigole aussi, entre partisans des belles idées mortifères. C’est que le meurtre d’un homme seul face à une meute sanguinaire forge facilement de puissantes fraternités. Cela renvoie aux pactes de sang des sociétés primitives et aux imprécations de Danton « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être ».
Violences disent-ils !

Si proche du viol des foules, si insouciant du viol des femmes. Dommages collatéraux. Attila, fléau de dieu, violences sanctifiées.  "Nous ne jugerons pas le roi nous le tuerons" hurlait Danton et aussi : « Ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables, mais il faut qu'ils meurent… parce qu’ils gênent… »
Violences naturelles ou violences sociales, les foules, les sociétés humaines, les peuples sont en mouvement comme les plaques terrestres, il en sort des éruptions, des mers qui sortent de leurs abysses et des soleils qui se vaporisent en super-novae. Produire de la violence, voilà qui nous a toujours semblé naturel. La colère d’Achille, en écho aux hurlements d’Oedipe. Produire de la violence, moment culturel, pour dépasser la nature, pour faire venir l’humanité.

D’où sort-il ce désir de violence ? D’où vient que tant d’hommes chantent et
décrivent avec complaisance, annoncent avec délice, la violence des rues, la violence des esclaves, celle des damnés, et celle en réponse des tyrannies sociales. Violence contre les choses au risque du ridicule, violence contre les hommes au risque de l’horreur
Car, cette violence est follement désirée, sa contemplation passionnément attendue, son déferlement anticipé et projeté.

L’homme est-il fondu au creuset de la violence ?

Etrange que l’espèce humaine, la seule qui a su s’évader de la tyrannie de la sélection naturelle, s’inflige à elle-même ce rêve et cette volonté de violence. Reste mental d’une violence faite à lui-même ?

Cette violence latente, produite ou imaginée vient-elle de ce lointain originel quand l’homme a procédé à sa propre domestication, violence contre la nature et contre sa nature, pour le faire déboucher dans l’humanité. Violence contre le temps de la nature pour ne pas simplement demeurer là, à attendre que la sélection naturelle ait pris son temps pour faire son œuvre. Faire que les choses arrivent quand on les veut. Faire que ce qu’on veut arrive vite.
La violence, alors, serait ou, du temps qui se concentre, ou un temps qui accélérerait ? La violence de l’homme serait un corps à corps de l’homme avec le temps, au mépris de la nature, au péril de la domestication humaine ?

Pourtant, la conquête de l’homme, est finie, l’humanisme n’est plus nécessaire.  Et ne sont plus nécessaires tous ceux qui prétendent encore trouver la grandeur de l’homme dans la violence qu’il provoque, dans la fureur des villes incendiées, ces griseries de temps de la décadence, ces promenades moroses dans les grandes cités en cendres.

Cette croyance que la plongée au tréfonds des misères et des malheurs accumulés, nous fait retrouver l’homme en sa pureté et en sa dignité, en son humanité, ne peut plus avoir cours. Il n’y a plus de moments exceptionnellement monstrueux où l’humanisme puisse servir de bouée de sauvetage. L’homme est partout, l’humanisme ruisselle partout le monde, les massacres, les appels à la violence, au meurtre à la destruction se font échos, sur des siècles et des millénaires.

Ne serait-il pas préférable, de se débarrasser de l’humanisme, quand on voit le résultat ?
Car les délices de violence, sous couvert de révolutions annoncées, de révoltes augurées, de croisades prêchées, font de plus en plus surement remonter l’homme au singe, avec le risque qu’il ne descende plus.

Le Parthénon, honneur de l’ingénierie musulmane

Il y a quelques temps, vous vous en souvenez surement, Notre-Dame de Paris brûlait. Il arrive que, ici ou là, d’autres belles et grandes églises prennent feu que cela soit accidentel ou non. Le drame ici tient au fait que les techniciens et experts musulmans sont, en France, de moins en moins disponibles et qu’il en résulte la ruine par abandon de nombreux édifices quand ils ne sont pas dévorés par les flammes.

La cathédrale de Paris a échappé à la ruine : on l’a réparée. De nombreux corps de métier s’y sont mis ! Moyennant salaires et recherches quasiment planétaires de compétences musulmanes, on a pu rassembler les ressources indispensables. Mais, au fait, pourquoi évoquer les talents musulmans dans ce cas précis ?

Pourquoi, doit-on souligner que le rassemblement des compétences a imposé des recrutements internationaux ? N’y avait-t-il pas en France un éventail de talents, de compétences, des hommes et des femmes passionnés par leurs métiers, prêts à sacrifier loisirs et intérêts privés, vie familiale et ambitions personnels, pour venir au secours de l’édifice.

Hélas ! reconnaissons la triste réalité, comme récemment a su le rappeler un homme politique d’envergure (leader du groupe : « la France incapable ») : pas davantage que de pétrole, nous n’avons jamais eu en France la moindre maitrise des techniques de construction sophistiquées. Il ne pouvait donc être simple de rassembler les professionnels nécessaires !

Et pourtant on a réussi l’improbable : restaurer Notre-Dame et l’offrir aux dévotions populaires ? Oublions toutes références aux miracles : plutôt que d’en appeler au divin, c’est à aux hommes qu’il faut revenir.

Fort heureusement, même si, de nos jours, les prophètes ont presque complètement disparu, il demeure des porteurs de lumière qui éclairent le chemin et nous rappellent que des hommes exceptionnels ont été les vrais concepteurs et initiateurs de ces bâtiments que nous vénérons toujours.
Et parmi ces porteurs de lumière, nous avons la chance de compter Monsieur Mélenchon. Récemment, commentant la question de la reconstruction de Notre Dame de Paris, il a su mettre les points sur les « i », les accents là où il en faut et accorder les participes.

Monsieur Mélenchon, dont la vie publique n’est faite que de ruptures avec les opinions et les croyances populaires y compris celles qui ont traversé la nuit des temps, a, profitant d’une de ces réunions d’enthousiasme populaire dont il a le secret, rétabli la vérité sur l’origine de Notre Dame. « Les penseurs de cette époque ont profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux, parce qu’ils n’étaient pas au courant, ils n’y connaissaient rien ».

On dit que Monsieur Mélenchon, en tant que conseiller du Président Erdogan, a réussi à faire réattribuer aux savants musulmans la célèbre basilique Sainte Sophie à Istanbul, injustement attribuée à de soi-disant architectes byzantins et à l’empereur Justinien (un autre usurpateur…), modèle par de là les siècles de quantité de mosquées. Les pharaons eux-mêmes auraient mobilisé de si exceptionnels penseurs. Comme il en fut du Parthénon, la plupart des thermes de Rome, dont celui de Caracalla, furent construits sous l’influence des sages musulmans.

On notera que Monsieur Mélenchon n’ayant pas d’ambitions électorales en Dordogne, n’a pas pensé utile de rappeler le rôle des penseurs musulmans dans la construction et la décoration de la grotte de Lascaux.

Il suffit ! ce rappel à l’histoire vaut rappel à l’ordre :  le « sage français » entend restituer aux musulmans de France (et d’ailleurs), les édifices religieux dont ils sont finalement les auteurs. Puis, au fur et à mesure des progrès de cette reconquête, les édifices civils suivront.

Par un effet secondaire, Monsieur Mélenchon restituant aux penseurs méritant ce qui leur appartient, récoltera les votes de citoyens français enfin réconciliés avec la vérité.

 

Avez-vous reçu votre dernier code d'identification

Le risque de la protection, la lenteur
 
Il n’y a pas si longtemps, les écrits de langues qui, aujourd’hui, ne sont qu’anciennes étaient parfaitement incompréhensibles. Les scribes, en apposant la formule « Graecum est non legitur », consignaient leurs difficultés à recopier ces textes anciens.

La plupart des langues anciennes, même mortes, sont maintenant déchiffrées. Celles qu’on découvre encore nous font remonter des milliers d’années en arrière. Elles paraissent sous la forme de graffitis, de dessins simplistes ou de formes vaguement géométriques et sont, au plus vrai du terme, des moyens d’échanges intellectuels par de là les siècles, par-delà des milliers de kilomètres. Déchiffrant les écritures, la science nous rapproche de mondes disparus dans le tourbillon des millénaires. Nous apprenons de ces graffitis ou dessins rudimentaires qu’ils avaient un but et un seul rapprocher les hommes, les faire communiquer, parler et penser ensemble.

L’époque moderne a porté à des degrés exceptionnels ces moyens de communication au point, grâce aux techniques de l’imprimerie, de la radio et des ressources informatiques, de rendre instantané ce qui prenait des jours, des mois, des siècles.

Je me souviens d’une discussion sur le thème de l’internet : j’avais répondu « c’est tout de suite !» à la question qui il y a un quart de siècle faisait vibrer les diners en ville :« internet ? c’est quoi exactement ».

Et c’était la pure vérité, sauf que comme le faisait remarquer un banquier « plus vite vont les échanges, plus vite les erreurs qu’il est plus difficile de rattraper ! ». On voit bien en effet que les malversations « en ligne » profitent de la vitesse de communication d’internet, l’argent volé file entre les continents, les piratages s’exécutent en quelque fractions de seconde, les trucages apparaissent et s’évanouissent dans les océans de 0 et de 1. Ce qui, il y a des millénaires, s’efforçait de lutter contre le temps et la distance n’a plus aucun sens de nos jours car l’un et l’autre tendent vers 0. Leur réduction à peu de choses et les dangers qui en résultent provoquent de multiples réactions qui ont toutes pour objectif de ralentir, de rendre moins efficaces, d’opacifier les instruments de la vitesse.

Pour recréer les éléments d’une égalité entre les êtres les auteurs de science-fiction ont depuis longtemps imaginé des techniques de remise à niveau physique, de raccourcissement intellectuel et de ralentissement des fonctions cérébrales. Quittons la science-fiction pour la réalité de tous les jours. Ralentir ? N’est ce pas le rôle à peine déguisé des mots de passe qui se multiplient et font de l’accès à internet un jeu de labyrinthe buissonnant. A celui qui aura saisi la finesse de tel mot de passe, on opposera vite la nécessité de se faire reconnaître, par le moyen d’un chiffre à découvrir. Indéniablement, la communication en sort malmenée, car, avant même de penser à une ouverture, à la rencontre avec des semblables, il faudra avoir montré patte blanche. Il faudra investir intellectuellement et mnémoniquement dans la compréhension d’arborescences, dans la création de mots de passe, ou de chiffrages identitaires.

On ne vous lâchera pas facilement ! Vous aurez pensé pendant quelques temps que les machines vous ont oublié… ? Naïveté, bien sûr, car couches après couches comme par sédimentation, les schémas ralentisseurs sont enrichis au nom de la lutte contre les trucages et les détournements. Vous aviez bien répertorié et reporté dans un calepin, les successions de chiffres et de formules qui vous donneraient droit à cette ouverture si désirable? Il vous faudra vite tout revoir, tout corriger, au risque de l’accumulation d’erreurs et d’avoir à tout reprendre depuis le début comme au gamin distrait on fait refaire sa dictée deux ou trois fois pour qu’il ne songe plus à se tromper dans l’avenir.

Soyons un peu cruel ou masochiste et reprenons sur une liste méticuleuse soulignée de quelques dessins explicatifs, la liste des mots de passe, mots d’identification, d’immatriculation nécessaires pour faire fonctionner l’ensemble des « app » dont vous avez besoin, ou vous pourrez avoir besoin, 5 fois par jour, 3 fois par semaine, quelques fois par mois et tous les autres que vous découvrirez nécessaires à un moment imprévu…

Je vous livre mon propre décompte : 60
Evidemment je ne les ai pas mémorisés, ils changent régulièrement et je ne me sens pas d’affronter sans cesse ce flot impétueux.

Errant au sein des "nous vous avons envoyé... sur votre mobile...scannez l'image et répondez au questionnaire, sur les 9 images, cochez celles où on trouve un chat..." 
Je me prends alors à tenter ce détournement : « O code suspend ton vol ? et vous chiffres propices …. »

 

Etre riche, cela coûte de plus en plus cher

Ce n’est pas vraiment une newsletter, comme d’habitude ! Ce serait plutôt un conte, une histoire qu’on raconte le soir au coin du feu. Un récit qui n’hésite pas à s’inspirer d’autres récits.
Les histoires de cette sorte, nous viennent de la nuit des temps, toujours porteuses de bruits et de fureurs, de drames et de massacres, toujours imprégnées de morales, d’espoirs et de trahisons. Ils sont un peu longs… mais pas davantage que les contes les plus classiques !
 
Donc, nous partirons dans les bois et prétendrons que la fortune protège….
 

Promenons-nous dans les bois

 
Les erreurs de jugement commencent toujours par une euphorie, un moment de bonheur, un plaisir arraché aux méchants et aux malins.
Promenons-nous …
La chanson sait bien que ce moment là ne durera pas. Le loup est là, dès le commencement de la promenade. Dans une heure, dans un jour, dans dix ans, il faudra payer pour cet instant de bonheur
 
Payer ? Pourquoi payer ? Et que payer ?
 
Et si être riche, ce n’était pas si cher que çà?
 
Qui parle de loup ?
Venez donc au Maroc, à Marrakech voir ces Ryads achetés dix francs six sous. Là-bas, on peut être riche pour trois fois rien. Avec une bonne retraite de cadre on fait un nabab. Bâtir un petit palais dans le style local, c’est possible.
Et Madame a enfin du service !
Un peu plus au sud, sur la côte, il y a ces petits villages.
La mer en plus ! Les levers de soleil… Et ces filets de pêcheurs que les hommes reprisent avec la lenteur des sages.
Et toute une population si charmante. Les riches sont riches et les pauvres sont pauvres. Un ordre naturel que le rythme des siècles n’est jamais venu troubler.
On peut se promener sans frais excessifs. Le loup n’y est pas !
 
Bien sûr, dans les pays riches être riche c’est plus cher.
D’ailleurs, il y a des pauvres dans les pays riches, des gens qui n’arrivent pas à atteindre au moins la richesse moyenne…. La richesse par tête en moyenne aux Etats Unis ? 120 dollars par jour ! Ce n’est pas donné d’être riche !
 
Et si le loup y était ?
Un instant de bonheur, dans un monde déchiré, violemment inégal peut-il être gratuit ? La prétention à être heureux est-elle simplement pensable quand le malheur est à la porte d’à coté ?
Le loup qui rode dans les bois est efflanqué et galeux comme ces pauvres, les malades, les crève-la-faim qui, prostrés, écoutent le chant des mandibules des promeneurs au fond des palmeraies… ? Tous ces gens qui ont faim ? Ils doivent supporter la promenade des obèses !
 
Ou bien le loup serait ces gens qui, de temps à autre, déferlent en violences pures de haine et de meurtre pour bouffer les consommateurs, jouir des jouisseurs, détruire les palais et en faire des masures. De temps à autre.
 
Autrefois, le temps pour arriver jusqu’aux promeneurs était très long. On crevait de faim avant de les atteindre… Le plus souvent, on ne partait jamais sachant le chemin impraticable et bien défendu par les distances et le relief. Parfois, le loup, sous-informé, ne savait même pas qu’il y avait des promeneurs dans la forêt. Il était aussi arrivé qu’il ne sache pas ce qu’était un promeneur !
Le loup n’a jamais cessé de roder mais, autrefois, il était loin. On avait le temps de s’éparpiller lorsqu’il jaillissait.
 
Les temps modernes sont arrivés. Le loup est toujours là et, chose nouvelle, il sait ce qu’est un promeneur.
Maintenant, lui aussi profite des progrès de la science et des techniques. Il a appris que les Ryads restaurés sont des vitrines, que la vraie richesse est là-bas, plus au nord où les chemins sont goudronnés, les montagnes franchissables et les mers amicales.
Traquer les promeneurs n’est plus insurmontable. Il sait qui ils sont et où ils sont. A portée de bateau, d’avions ou de camions.
 
Le loup rôde de plus en plus prés des riches.
 
Et si tenir le loup à l’écart coûtait une fortune ?
 
Etre riche n’est plus une simple petite affaire de billets de banque qu’on crame et de promenades rustiques.
Les loups sont proches.
Les miradors surveillent maintenant les forêts dans leurs plus grandes étendues. On a beaucoup investi dans la fourniture de moyens de défense et d’auto-défense. Les promoteurs de vie de riches ont complété leur offre de service.
 
Les promenades sont accompagnées.
Gardes, gardiens et patrouilleurs ont été intégrés dans le contrat de base. L’équipement est plus ou moins sophistiqué selon les formules. Il en coûte désormais beaucoup plus cher de vivre richement. Une promenade en Irak, un mur de sécurité autour d’une bande de territoire à Gaza, un blocus un peu partout …c’est cher quoiqu’on en pense même si on gère çà de mieux en mieux.
 
Cela coûte de plus en plus cher de se promener dans les bois.
Loup y-es-tu ? Pas encore ! Mais pas loin.
Si on n’y prenait garde, arrivant de partout, il s’infiltrerait et viendrait se servir.
 
Et si, c’était une sorte d’accident naturel?
 
On peut tenter les réponses classiques : la police, les répressions militaires. De la violence contrôlée menée par des gens payés pas trop cher. Bel et bon tout ceci ! Mais çà ne fait pas avancer très loin : régler cette question centrale de la circulation sereine dans les forêts suppose de prendre le risque de repenser la question de A à Z.
 
Transformer les promeneurs en chasseurs ? Sur un plan court-termiste, l’idée ne manque pas d’être séduisante. Les promeneurs profiteraient toujours de la forêt, on leur fournirait une prestation en plus : la chasse au loup. On les équiperait en conséquence et on les lancerait dans la nature. Un risque pourtant : Un promeneur n’est pas nécessairement un bon chasseur-traqueur de loup. Ils pourraient bien rater les loups et se faire boulotter !
 
Une autre version serait de chercher à diminuer la combativité des loups : les romains appelaient çà « panem et circenses ». Leur expérience a été positive mais a vite rencontré des limites. A la longue çà coûte une fortune en installations et en fournitures diverses et çà revient à traiter les effets en espérant régler les causes. En tout cas ça n’a pas du tout diminué le nombre des loups. Au contraire…et cela a fini par mettre les finances de l’Empire à l’envers car les loups, de plus en plus nombreux, débarquaient avec leurs écuelles.
 
Il faut penser plus loin, plus révolutionnaire, plus logique surtout.
 
Et si, on proposait aux loups de venir se promener ?
 
Ecoutons Bill Gates. « Je crois que les grandes fortunes doivent aller des plus riches vers les plus pauvres ».
Sympa Bill Gates.
Genre Saint Martin!
 
Un promeneur éclairé devrait raisonner différemment.
Il se dirait que se promener tout seul en faisant comme s’il n’y avait pas de loup est une sottise. Il en viendrait à ce constat que, pour se promener en toute tranquillité, les riches font des guerres qui coûtent cher….
Prenons l’Irak, par hasard, 2000 milliards de dollars.
Il s’inquiéterait de la dérive des prix dans ce domaine : plus on avance dans le temps, plus c’est cher. On ne peut pas comparer le bricolage pas cher, « copain-copain », des franco-britanniques à Suez en 1956 avec la première guerre d’Irak !
Il se dirait alors que les riches seraient bien avisés de se rapprocher des loups et de les convertir en promeneurs…il se dirait qu’à défaut, les obstacles naturels étant devenus des passoires, les forêts pourraient bien devenir des coupe-gorges.
 
Il reprendrait la formule de Bill Gates, avec quelques changements. On ajouterait « pays », ou « nations », ou « peuples », peu importe, devant « riches » et « pauvres » et çà commencerait à donner quelque chose.
 
Et les promeneurs cessaient de gâcher les milliards ?

Parva sed apta

 

C’était il y a bien longtemps, un temps qui n’avait pas encore connu la lutte triomphale du faible contre le fort. Bien sûr, nous avions été emportés par le charme rustique des gaulois dans leur petit village en conflit permanent avec les Romains dans leurs camps fortifiés… mais, cette affaire-là n’était pas de jeu. Les Gaulois certes ne pouvaient prétendre à la force pure et froidement organisée des Romains, mais, ils n’avaient pas rien dans leurs mains, ils avaient un élixir qui changeait tout sur le champs de bataille ou sur le sable des arènes. ils étaient petits et pas très beaux, mais ils avaient une drogue qui les transformait en « bêtes de guerre ». En vérité, ils étaient très forts, petits mais compétents : « parva sed apta » aurait-on dit à la fin du XVIIIème siècle.

Ils ne sont pas si nombreux dans l’histoire du monde ces modèles d’une humanité exemplaire qui donne une chance aux pauvres, aux laids et aux gringalets et renvoie les puissants devant le jugement des peuples.

Message porteur d’espoir par excellence : « le plus fort ne gagne pas forcément » affirme que le plus faible, souvent plus petit et insuffisamment armé, garde toutes ses chances, il est d’ailleurs nécessairement vertueux, même si au début du combat tout est à craindre tant la force et la puissance apparemment lui manquent. Dans ces combats, la littérature, les spectacles, les séries dénoncent toujours les tricheries parce qu’elles sont le fait du puissant, fourbe et retors qui n’admet pas de perdre.

A l’opposé, le faible David qui l’a emporté contre le fort Goliath et Jeanne d’Arc donnent un bel exemple de la force des faibles. Les contes et légendes de tous les pays illustrent toujours ce paradoxe du faible qui étrille le fort.

Nous assistons aujourd’hui à l’inscription dans le réel de cette idée. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine aurait du être celle de la « deuxième armée » du monde contre une bande de fantaisistes se rêvant soldats. Le faible, qui aurait dû être liquidé en quelques jours, s’est transformé en un combattant maniant les frondes modernes. Il est possible de dire que l’Ukraine a inventé un moderne « Houdin au combat » tant est élevée sa capacité à sortir de situations dramatiques ou impossibles. Quoi qu’on pense de l’Iran, ne ressentons pas une sorte de sympathie pour le faible qui se débat contre le fort arrogant et méprisant ? 

Ecoutant les radios qui commentent lyriquement les performances de ces « nouveaux faibles », je me surprends parfois à chercher dans une mémoire vieille d’un demi-siècle un film déjanté où une bande de fiers combattants bâtis et armés comme au moyen âge issus d’un pays pas plus grand que le Grand-Duché de Luxembourg mettait à genoux les Etats-Unis d’Amérique, le pays le plus riche et le plus fort du monde. Si ma mémoire est bonne, il s’agissait de la « Souris qui rugissait » où une bande de gueux, farfelus et sympathiques, moyennant quelques ruses, dictait sa loi au puissant !

Le fort ne serait donc pas si fort ? Le combat mené par les Etats-Unis contre l’Iran ferait partie de la série « combats des Frondes ». Les Etats-Unis seraient Goliath , surarmé et annoncé vainqueur au premier round. Sont-ils en risque d’être frappés par les frondes iraniennes ? Tout pourtant disait qu’ils l’emporteraient, vite et bien.


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