Mort d’un militant ?
C’était un peu trop facile. Le gars n’était pas un
méchant. Ce n’était pas non plus un excité. Simplement, quelques idées solides, des convictions fortes, dira-t-on plus tard, mais surtout honnêtes. Le prototype du militant. Celui qu’on fait
défiler parce qu’il a une bonne tête, parce qu’aussi il a une belle voix qui porte. Et aussi, un homme qui fait exemple et qui sait animer d’autres hommes au nom d’un idéal, au nom de convictions
fortes. Il pensait beaucoup à la France. Il pensait qu’elle était grande et que lui, pourrait jouer un rôle là-dedans.
C’était sans compter les risques du combat politique.
C’était le type même de gars à qui on pouvait casser la gueule, gentiment, une leçon en quelque sorte. Une leçon qu’il devrait encaisser et qui servirait pour que ses copains se tiennent à
l’écart, pour qu’ils s’écrasent et laissent la place.
Beaucoup plus tard dans un établissement d’enseignement réservé aux élites de la France, on commentera sa mort avec la délicatesse et le respect humain que tout intellectuel de haute volée doit à
son « prochain » : « Bien fait pour sa petite gueule de nazillon » ! Une belle épitaphe dite avec finesse par des professeurs responsables de l’éducation politique des futures élites. « Nazillon
» ! Voilà qui était bien envoyé « et qui renvoyait ce jeune garçon et ses amis, agressés au même moment, à ce qu’ils cherchaient ». Grossièrement dit, ils l’avaient bien mérité : « C’est pourtant
simple, le tueur c’est un antifasciste et le mec mort c’est un néonazi ».
Et après ? Une fois qu’on a bien réglé les comptes, on s’en fout ! On en rigole aussi, entre partisans des belles idées mortifères. C’est que le meurtre d’un homme seul face à une meute
sanguinaire forge facilement de puissantes fraternités. Cela renvoie aux pactes de sang des sociétés primitives et aux imprécations de Danton « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être
».
Violences disent-ils !
Si proche du viol des foules, si insouciant du viol des femmes. Dommages collatéraux. Attila, fléau de dieu, violences sanctifiées. "Nous ne jugerons pas le roi nous le tuerons" hurlait
Danton et aussi : « Ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables, mais il faut qu'ils meurent… parce qu’ils gênent… »
Violences naturelles ou violences sociales, les foules, les sociétés humaines, les peuples sont en mouvement comme les plaques terrestres, il en sort des éruptions, des mers qui sortent de leurs
abysses et des soleils qui se vaporisent en super-novae. Produire de la violence, voilà qui nous a toujours semblé naturel. La colère d’Achille, en écho aux hurlements d’Oedipe. Produire de la
violence, moment culturel, pour dépasser la nature, pour faire venir l’humanité.
D’où sort-il ce désir de violence ? D’où vient que tant d’hommes chantent et
décrivent avec complaisance, annoncent avec délice, la violence des rues, la violence des esclaves, celle des damnés, et celle en réponse des tyrannies sociales. Violence contre les choses
au risque du ridicule, violence contre les hommes au risque de l’horreur
Car, cette violence est follement désirée, sa contemplation passionnément attendue, son déferlement anticipé et projeté.
L’homme est-il fondu au creuset de la violence ?
Etrange que l’espèce humaine, la seule qui a su s’évader de la tyrannie de la sélection naturelle, s’inflige à elle-même ce rêve et cette volonté de violence. Reste mental d’une violence faite à
lui-même ?
Cette violence latente, produite ou imaginée vient-elle de ce lointain originel quand l’homme a procédé à sa propre domestication, violence contre la nature et contre sa nature, pour le faire
déboucher dans l’humanité. Violence contre le temps de la nature pour ne pas simplement demeurer là, à attendre que la sélection naturelle ait pris son temps pour faire son œuvre. Faire que les
choses arrivent quand on les veut. Faire que ce qu’on veut arrive vite.
La violence, alors, serait ou, du temps qui se concentre, ou un temps qui accélérerait ? La violence de l’homme serait un corps à corps de l’homme avec le temps, au mépris de la nature, au
péril de la domestication humaine ?
Pourtant, la conquête de l’homme, est finie, l’humanisme n’est plus nécessaire. Et ne sont plus nécessaires tous ceux qui prétendent encore trouver la grandeur de l’homme dans la violence
qu’il provoque, dans la fureur des villes incendiées, ces griseries de temps de la décadence, ces promenades moroses dans les grandes cités en cendres.
Cette croyance que la plongée au tréfonds des misères et des malheurs accumulés, nous fait retrouver l’homme en sa pureté et en sa dignité, en son humanité, ne peut plus avoir cours. Il n’y a
plus de moments exceptionnellement monstrueux où l’humanisme puisse servir de bouée de sauvetage. L’homme est partout, l’humanisme ruisselle partout le monde, les massacres, les appels à la
violence, au meurtre à la destruction se font échos, sur des siècles et des millénaires.
Ne serait-il pas préférable, de se débarrasser de l’humanisme, quand on voit le résultat ?
Car les délices de violence, sous couvert de révolutions annoncées, de révoltes augurées, de croisades prêchées, font de plus en plus surement remonter l’homme au singe, avec le risque qu’il ne
descende plus.
Il y a
quelques temps, vous vous en souvenez surement, Notre-Dame de Paris brûlait. Il arrive que, ici ou là, d’autres belles et grandes églises prennent
feu que cela soit accidentel ou non. Le drame ici tient au fait que les techniciens et experts musulmans sont, en France, de moins en moins
disponibles et qu’il en résulte la ruine par abandon de nombreux édifices quand ils ne sont pas dévorés par les flammes.
La cathédrale de Paris a échappé à la ruine : on l’a réparée. De nombreux corps de métier s’y sont mis ! Moyennant salaires et recherches
quasiment planétaires de compétences musulmanes, on a pu rassembler les ressources indispensables. Mais, au fait, pourquoi évoquer les
talents musulmans dans ce cas précis ?
Pourquoi, doit-on souligner que le rassemblement des compétences a imposé des recrutements internationaux ? N’y avait-t-il pas en France un
éventail de talents, de compétences, des hommes et des femmes passionnés par leurs métiers, prêts à sacrifier loisirs et intérêts privés, vie
familiale et ambitions personnels, pour venir au secours de l’édifice.
Hélas ! reconnaissons la triste réalité, comme récemment a su le rappeler un homme politique d’envergure (leader du groupe : « la
France incapable ») : pas davantage que de pétrole, nous n’avons jamais eu en France la moindre maitrise des techniques de construction
sophistiquées. Il ne pouvait donc être simple de rassembler les professionnels nécessaires !
Et pourtant on a réussi l’improbable : restaurer Notre-Dame et l’offrir aux dévotions populaires ? Oublions toutes références
aux miracles : plutôt que d’en appeler au divin, c’est à aux hommes qu’il faut revenir.
Fort heureusement, même si, de nos jours, les prophètes ont presque complètement disparu, il demeure des porteurs de lumière qui éclairent le
chemin et nous rappellent que des hommes exceptionnels ont été les vrais concepteurs et initiateurs de ces bâtiments que nous vénérons
toujours.
Et parmi ces porteurs de lumière, nous avons la chance de compter Monsieur Mélenchon. Récemment, commentant la question de la reconstruction de
Notre Dame de Paris, il a su mettre les points sur les « i », les accents là où il en faut et accorder les participes.
Monsieur Mélenchon, dont la vie publique n’est faite que de ruptures avec les opinions et les croyances populaires y compris celles qui ont
traversé la nuit des temps, a, profitant d’une de ces réunions d’enthousiasme populaire dont il a le secret, rétabli la vérité sur l’origine de
Notre Dame. « Les penseurs de cette époque ont profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique
et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux, parce qu’ils n’étaient pas au courant, ils n’y connaissaient rien ».
On dit que Monsieur Mélenchon, en tant que conseiller du Président Erdogan, a réussi à faire réattribuer aux savants musulmans la célèbre basilique
Sainte Sophie à Istanbul, injustement attribuée à de soi-disant architectes byzantins et à l’empereur Justinien (un autre usurpateur…), modèle par
de là les siècles de quantité de mosquées. Les pharaons eux-mêmes auraient mobilisé de si exceptionnels penseurs. Comme il en fut du Parthénon, la
plupart des thermes de Rome, dont celui de Caracalla, furent construits sous l’influence des sages musulmans.
On notera que Monsieur Mélenchon n’ayant pas d’ambitions électorales en Dordogne, n’a pas pensé utile de rappeler le rôle des penseurs musulmans
dans la construction et la décoration de la grotte de Lascaux.
Il suffit ! ce rappel à l’histoire vaut rappel à l’ordre : le « sage français » entend restituer aux musulmans de France
(et d’ailleurs), les édifices religieux dont ils sont finalement les auteurs. Puis, au fur et à mesure des progrès de cette reconquête, les
édifices civils suivront.
Par un effet secondaire, Monsieur Mélenchon restituant aux penseurs méritant ce qui leur appartient, récoltera les votes de citoyens français enfin
réconciliés avec la vérité.
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Le risque de la
protection, la lenteur
Il n’y a pas si longtemps, les écrits de langues qui, aujourd’hui, ne sont qu’anciennes étaient parfaitement incompréhensibles. Les scribes, en apposant la formule
« Graecum est non legitur », consignaient leurs difficultés à recopier ces textes anciens.
La plupart des langues anciennes, même mortes, sont maintenant déchiffrées. Celles qu’on découvre encore nous font remonter des milliers d’années en arrière. Elles
paraissent sous la forme de graffitis, de dessins simplistes ou de formes vaguement géométriques et sont, au plus vrai du terme, des moyens d’échanges
intellectuels par de là les siècles, par-delà des milliers de kilomètres. Déchiffrant les écritures, la science nous rapproche de mondes disparus dans le
tourbillon des millénaires. Nous apprenons de ces graffitis ou dessins rudimentaires qu’ils avaient un but et un seul rapprocher les hommes, les faire
communiquer, parler et penser ensemble.
L’époque moderne a porté à des degrés exceptionnels ces moyens de communication au point, grâce aux techniques de l’imprimerie, de la radio et des ressources
informatiques, de rendre instantané ce qui prenait des jours, des mois, des siècles.
Je me souviens d’une discussion sur le thème de l’internet : j’avais répondu « c’est tout de suite !» à la question qui il y a un quart de siècle
faisait vibrer les diners en ville :« internet ? c’est quoi exactement ».
Et c’était la pure vérité, sauf que comme le faisait remarquer un banquier « plus vite vont les échanges, plus vite les erreurs qu’il est plus difficile de
rattraper ! ». On voit bien en effet que les malversations « en ligne » profitent de la vitesse de communication d’internet, l’argent volé file
entre les continents, les piratages s’exécutent en quelque fractions de seconde, les trucages apparaissent et s’évanouissent dans les océans de 0 et de 1. Ce qui,
il y a des millénaires, s’efforçait de lutter contre le temps et la distance n’a plus aucun sens de nos jours car l’un et l’autre tendent vers 0. Leur
réduction à peu de choses et les dangers qui en résultent provoquent de multiples réactions qui ont toutes pour objectif de ralentir, de rendre moins efficaces,
d’opacifier les instruments de la vitesse.
Pour recréer les éléments d’une égalité entre les êtres les auteurs de science-fiction ont depuis longtemps imaginé des techniques de remise à niveau physique, de
raccourcissement intellectuel et de ralentissement des fonctions cérébrales. Quittons la science-fiction pour la réalité de tous les jours. Ralentir ? N’est
ce pas le rôle à peine déguisé des mots de passe qui se multiplient et font de l’accès à internet un jeu de labyrinthe buissonnant. A celui qui aura saisi la
finesse de tel mot de passe, on opposera vite la nécessité de se faire reconnaître, par le moyen d’un chiffre à découvrir. Indéniablement, la communication en sort
malmenée, car, avant même de penser à une ouverture, à la rencontre avec des semblables, il faudra avoir montré patte blanche. Il faudra investir
intellectuellement et mnémoniquement dans la compréhension d’arborescences, dans la création de mots de passe, ou de chiffrages identitaires.
On ne vous lâchera pas facilement ! Vous aurez pensé pendant quelques temps que les machines vous ont oublié… ? Naïveté, bien sûr, car couches après
couches comme par sédimentation, les schémas ralentisseurs sont enrichis au nom de la lutte contre les trucages et les détournements. Vous aviez bien répertorié et
reporté dans un calepin, les successions de chiffres et de formules qui vous donneraient droit à cette ouverture si désirable? Il vous faudra vite tout
revoir, tout corriger, au risque de l’accumulation d’erreurs et d’avoir à tout reprendre depuis le début comme au gamin distrait on fait refaire sa dictée
deux ou trois fois pour qu’il ne songe plus à se tromper dans l’avenir.
Soyons un peu cruel ou masochiste et reprenons sur une liste méticuleuse soulignée de quelques dessins explicatifs, la liste des mots de passe, mots
d’identification, d’immatriculation nécessaires pour faire fonctionner l’ensemble des « app » dont vous avez besoin, ou vous pourrez avoir besoin, 5
fois par jour, 3 fois par semaine, quelques fois par mois et tous les autres que vous découvrirez nécessaires à un moment imprévu…
Je vous livre mon propre décompte : 60
Evidemment je ne les ai pas mémorisés, ils changent régulièrement et je ne me sens pas d’affronter sans cesse ce flot impétueux.
Errant au sein des "nous vous avons envoyé... sur votre mobile...scannez l'image et répondez au questionnaire, sur les 9 images, cochez celles où on trouve un
chat..."
Je me prends alors à tenter ce détournement : « O code suspend ton vol ? et vous chiffres propices …. »
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