Décembre 2025, Soliloque sur le Vaste Monde,

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Allons Zenfants


La récente exposition de Jacques-Louis David présente des œuvres célèbres, des œuvres pour représenter des passions et pour les soulever aussi. David était un artiste engagé au sens que nous donnons aujourd’hui à cette expression. Passionnément républicain. Passionnément démocrate. Passionnément Français.
L’appel à la patrie en danger, l’illustration des actes héroïques au service de la liberté démocratique, la mort d’un jeune héros sont autant de traits qui traversent ses tableaux.

La mort du jeune Bara, justement ! Ce n’est qu’une esquisse, grandeur nature, d’un tableau qui ne fut jamais peint, celui de la mort d’un jeune français convaincu que la démocratie mérite qu’on meure pour elle. Dans cette esquisse Bara est nu, comme le sont en général les esquisses de personnages projetées par David. Comme si l’artiste ne voulait d'abord voir en eux que l’humanité, avant que de les recouvrir des oripeaux de la vie en société.

David pensait montrer la mort d’un adolescent conscient qu’il devait donner sa vie à sa patrie, un enfant de la France sans barguignage, sans concession.
Il est bien loin ce temps des dévouements s’il en faut en croire les récentes protestations de la classe politique française à la suite du discours du chef d’Etat major de l’armée française. Ce dernier, pour bon nombre des beaux esprits de gauche ou de droite, est allé vraiment trop loin. N’a-t-il pas évoqué les risques de guerre à venir ? Ne s’est-il pas laissé aller à prévenir la société française contre la perte possible de ses enfants ? Où donc, un soldat dont la mission est de mettre en œuvre les forces nationales dans le contexte des guerres qui pointent, a-t-il pris le droit de disposer de la vie des citoyens ?

« Si notre pays flanche »… à quoi auront bien pu servir les œuvres de David montrant la vaillance des spartiates et les Horace recevant leurs glaives. 
Or, l’histoire l’a montré, notre pays peut bien flancher. Ses représentants peuvent ne pas vouloir voir que le pire est possible. Les esprits forts renvoient les militaires au statut de « grande muette » par le moyen de vocifération de batteurs d’estrade. « Les armées sont un extrait de la nation » a dit le Général Mandon. Mais il arrive aussi que la Nation n'ait pas le courage de ses soldats. 
Témoin ses représentants qui n’ont pas hésité à dénoncer les soi-disant discours "va-t’en guerre" du général Mandon. Il ne faut pas s’étonner que M. Mélenchon se lance dans des diatribes sur la dérive des militaires censés vouloir la guerre comme les fonctionnaires se battent pour le maintien de leurs points d'indices. On ne doit pas s’étonner que des propos de type « préaux d’école » déferle dans la presse. On peut craindre qu’elle soit le noyau d’un futur collaborationnisme. Pour le chef des milices insoumises, la France des 51000 monuments au mort se lèverait pour faire obstacle à la guerre et clamer les charmes de la paix, quoiqu’il en coûte. ils seraient donc morts une deuxième fois.

Et pourtant, il s’agit bien de ne pas renouveler l’atroce expérience de « l’Etrange Défaite ». On ne doit cependant pas s’illusionner, le mélanchonisme n’a pas pour principal souci la grandeur de la France, ni non plus son idée de la démocratie. Il faut aussi reconnaitre que les propos du général Mandon, frappent une société déboussolée où les esprits sont davantage tournés vers des luttes d’égo et d’ambitions présidentielles, où la peur de déplaire au peuple, peut-être, conduit à considérer la question de la guerre comme on a été incapables de traiter rationnellement la crise du Covid.

Vont bientôt s’infiltrer dans ce débat, le faux sachants, les combattants de plateaux-télé et les journalistes spécialisés dans les sports de combats. Nous aurons sûrement abondance de professeurs Raoult de la stratégie militaire et de leurs émules dans le genre du gourou Kennedy de Donald Trump.

Il en appelleront à cette célèbre « formule » : "la guerre sans mort? ou des baguettes pour boire le saké !

bitcoin ou l’inutilité n’a pas de prix

 

 

Citation : rien n’a plus de valeur aujourd’hui

 

Goethe

 

 

 

 

Fascinant bitcoin qui ne sert à rien sauf dans des opérations de blanchiment, de rançonnage ou de terrorisme… mais, justement ! Ne servirait-il qu’à cela, il servirait encore ? et s’il sert, c’est qu’il est utile… or, ce qui est utile a de la valeur et ce qui a de la valeur a nécessairement un prix.

 

Utilité/inutilité du bitcoin

 

Le bitcoin ne serait donc pas si inutile ? Après tout, d’où vient la valeur de la monnaie ? Soyons terre à terre : que vaut donc un billet (de banque) ? Il coûte peu à produire, mais permet, pour autant qu’on ait pris la précaution d’y apposer un chiffre raisonnablement élevé, de l’échanger contre un bien ou un service. Pourquoi le bitcoin, qui coûte peut-être un peu plus cher, ne pourrait-il pas revendiquer lui aussi une valeur qui lui permettrait d’être échangé contre une autre ? Creusons un peu et laissons-nous aller au jeu de l’expérience de pensée : le bitcoin, comme le billet de banque, excelle dans le commerce de la “blanche”, des armes et de la rançon. Donc, le bitcoin ne peut pas avoir moins de valeur que le billet ; A ce titre il n’est pas moins inutile que le billet : ce que le billet peut faire le bitcoin sait le faire, leur degré d’inutilité ne devrait pas diverger. On devrait donc en conclure qu’il manque quelque chose au bitcoin pour être aussi inutile/utile que le billet.

 

Allons directement au fait : il manque au bitcoin la crédibilité qui est la marque de toute monnaie fiduciaire (CAD de confiance) et, s’il lui manque, c’est tout simplement que le principal et ultime distributeur de crédibilité, l’Etat, se refuse à combler ce manque. Le bitcoin est ainsi cantonné à un monde souterrain où ce qui est utile est nuisible, où les valeurs sont bafouées, ou les prix ne sortent pas des marchés comme Vénus sort de l’onde et sont hors normes, hors la loi.

 

Fascinant bitcoin qui ne sert à rien mais qui a quand même un prix. On ne fera croire à personne que ce prix est celui du crime, il y en a beaucoup (de crimes) mais pas au point d’intéresser la cote : pensez que le bitcoin qui n’est rien a un prix contre Dollar qui est à peu près tout !!! D’où vient ce paradoxe qui veut que le rien vaille quelque chose. On pourrait mobiliser Raymond Devos ou Vladimir Jankelevitch, on ne serait pas avancé pour autant ; « it’s economics stupid !».

 

Ce n’est pourtant pas un paradoxe, c’est un faux débat : le bitcoin ne vaut rien parce qu’il n’a été adoubé par aucun Etat (sérieux, cad : ni mafieux, ni grotesque). Alors que le « billet de banque » l’a été au point même que certains Etats, qui ont une haute idée du billet, l’ont mis sous la protection divine « in god we trust ». Le billet de banque, pour utiliser les termes de l’exposé économique, est une créance in-fine sur l’Etat. Le bitcoin, au mieux, est une créance sur un algorithme. Si on sait que faire payer l’Etat n’est pas toujours chose facile, que penser de la solvabilité d’un algorithme ?

Et pourtant, il faut y revenir, il a un prix ! il a un cours, et même une cote ! Donc le débat n’est pas si faux que cela car les marchés où s’échangent des riens inutiles pour des sommes rondelettes existent depuis la nuit des temps. D’où vient qu’une œuvre de Jeff Koons vaille des millions, sans parler de Damien Hirst (le requin plongé dans du formol) et tous les autres, les Monet, les Van Gogh, les Picasso …. sur quelle utilité fondent-ils leur valeur et celle-ci peut-elle être si grande que les prix soient si considérables ?

 

Mais voilà la réponse : le bitcoin est aussi inutile qu’une œuvre d’art mais il n’est pas aussi universellement accepté : depuis que Dieu a quitté le firmament, l’art a pris le relai.

 

Les choses inutiles ont-elles un prix ?

 

On est donc renvoyé au nœud du débat : le prix de cette chose inutile qui se nomme bitcoin. Pour qu’il ait un vrai prix, un prix que tout le monde accepte, un prix mondial, un prix pour les riches comme pour les moins riches, il lui faut obtenir ce qui donne son charme au billet de banque, l’onction étatique. Il faut qu’il se fasse reconnaître.

Et c’est à cette bataille que nous assistons depuis de nombreux mois. Ceux qui se passionnent pour elle voient quels assauts et quelles défenses se déploient, pour faire monter le cours contre dollar et pour le contraindre à descendre ; les achats offensifs qui mènent à 130000 ; les ventes traîtresses qui le font plonger à 60000 malgré des défenses héroïques autour de 69850. Et au loin, on entend ce cri de guerre : « Il faut sauver le soldat bitcoin ». Au fait, pourquoi s’énerver à sauver cet enfant illégitime sorti dont on ne sait quel commerce coupable ? Pourquoi ne pas le laisser vivre sa vie obscure et dépravée ? Pourquoi ne pas le laisser se perdre dans les marécages des autres cryptos en compagnie de la bande de ses potes, entre business microscopique et trafic de substances illicites ?

 

Laisser tomber le bitcoin ? Vous n’y pensez pas ! Songez aux gens qui y ont cru ? Vous voulez les ruiner alors qu’ils n’ont fait de mal à personne ? Songez qu’ils ne sont pas rien ! Et les fonds d’investissement qui en ont pris pour diversifier leurs placements : pensez-vous que « diversifier » signifie mettre un peu de rien dans quelque chose.

 

Conclusion ? La valeur du Bitcoin aujourd’hui se mesure aux manœuvres destinées à en faire un billet respectable, c’est-à-dire une créance contre l’Etat (américain) ! Il s’agit d’obtenir de la SEC qu’elle le tolère dans certains instruments financiers. Il s’agit d’obtenir du Trésor américain que certains instruments monétaires dits « de gros », « les stable coins » puissent s’appuyer sur un sous-jacent fait de quelques bitcoins au départ, puis de bitcoins uniquement à l’arrivée, et enfin de promesse de bitcoins car il n’y en aura pas assez et ils coûteront finalement trop cher.

 

Au terme de notre argumentation, nous voilà rendus ; la question de la valeur du Bitcoin est devenue la question de la date où il recevra l’onction étatique !

 

Jamais ! Répondrez-vous ! Mais Donald, qui en a beaucoup, ne lâchera pas.

 

« Il suffit de tenir bon dans la vie pour que les illégitimités deviennent des légitimités ».

 

Châteaubriand avait compris beaucoup de choses, tirant les leçons du passé et construisant la trame de celles de l’avenir.

 

A suivre : un bitcoin de venu sage, « le stable coin »

 

 

 

La Terre mentirait-elle?

 

L’agriculture est malheureuse. Autrefois, il y a longtemps, dans le Larousse 1947, on pouvait lire que la France était un grand pays agricole. Autrefois, tout au long de ma vie, d’enfant d’abord, et puis plus grand, adulte et plus vieux encore, j’ai entendu les clameurs du monde agricole. Et pourtant, la France ne cessait pas d’être un grand pays agricole.

 

Mais le monde agricole n’était pas entendu, on ne comprenait pas ses contraintes, il fallait l’aider. Sinon… sinon le lisier dans le jardin des sous-préfectures, les rouleaux de paille pour bloquer les ronds-points, les dizaines de tracteurs pour coincer les autoroutes. C’est que les agriculteurs, sont des costauds et ils sont équipés ! Ils mettent en batterie des engins puissants comme des chars d’assaut, ils aspergent du purin comme autrefois sur les champs de bataille on maniait le lance-flamme, ils peuvent défoncer des autoroutes avec leurs tracto-pelles comme les dameuses de pistes de ski modèlent les montagnes.

 

Ils sont très forts, nos agriculteurs ! J’ai en tête toute la litanie des inventions politiciennes pour que le monde agricole cesse de souffrir et, progressivement, de se déliter. Il fallait bien que la vigne trouve ses débouchés ! Aussi, les enfants des écoles ont-ils eu leur petit quart de pinard jusqu’à ce que le lobby des vaches laitières réagisse. Il fallait aussi aider les jeunes agriculteurs, qui restaient toujours jeunes même en prenant de l’âge, alors on a inventé l’IVD, « l’indemnité viagère de départ », formule qui permettait l’euthanasie douce des vieux agriculteurs pour donner un coup de pouce aux jeunes qui rongeaient leurs freins. Au fait, de nos jours, les seuls jeunes qui ont un droit légitime à succéder sans frais à leurs parents, ce sont des enfants d’agriculteurs. Les autres ce sont des salauds de riches qu’il faut taxer. Il y a eu aussi, la fameuse histoire des haies, qu’il fallait arracher pour avoir des grands espaces agricoles. Belle époque où arracher des arbres était recommandé pour permettre à la terre agricole de prendre ses aises et de n’être plus enfermée dans de minuscules parcellaires.

 

Et puis l’agriculture s’est sentie pousser des ailes, tristement cependant, dans le genre Icare, en se rapprochant trop du soleil et en se faisant griller les ailes. Alors, ont défilé les crises ! Crise des choux-fleurs, crise du cochon, crise du maïs, crise de l’eau, sans compter qu’à accumuler les animaux n’importe comment se sont succédé les crises sanitaires des poulets, les crises de la vache folle, les pestes porcines…  

 

Le monde agricole a cependant des moments beaux comme l’antique. En visite amicale dans une belle exploitation de bœufs, je m’émerveillai de la qualité des rapports entre l’exploitant et ses bêtes. Une sorte d’union charnelle. Les petites tapes affectueuses au Noireaud et, en récompense, le regard plein d’affection de l’animal vis-à-vis de son bienfaiteur, un regard que l’éleveur partage avec tous ses bœufs même ceux qui n’ont pas la chance d’être nourri au Saké et de s’endormir en écoutant de la musique classique. Pour dire le vrai, je ne me suis pas senti à mon aise. J’essayais de ne pas me souvenir qu’au Japon on élève certains bœufs de certaines races comme dans l’orient compliqué on élevait les femmes destinées au Harem. Et puis, malgré moi, malgré ces images de complicités sentimentales entre le troupeau, animal par animal et son maître, je ne pouvais frémir à l’idée que toutes ces belles bêtes seraient bientôt de vulgaires steaks tenant compagnie à des monceaux de frites. C’est connu « l’amour finit toujours mal, en général ».

 

Mais on comprend aussi qu’assister au massacre de son troupeau touché par une épidémie virulente, sur simple décision préfectorale et avis motivé des vétérinaires, soit un crève-cœur. Au fond, ce qui atterre les éleveurs n’est pas que leurs bestiaux soient condamnés à mort, ils le sont tous par nature. On n’élève pas les bœufs, les cochons, les moutons, les chèvres, les poulets, les saumons, les carpes etc pour la beauté du sport. On les élève pour les tuer, et on les tue pour les manger, même si quelques productions dérivés, laine, cuir et tous autres morceaux d’animaux ne sont pas comestibles mais commercialisables. Alors, pourquoi tant d’émotions, de blocages d’autoroutes, de feux de paille, d’ordures déversées ? Les indemnités ne seraient pas suffisantes ? Les assureurs refuseraient d’assumer leur rôle ? L’horreur des grands massacres viendraient hanter les étables vidées de leurs occupants ?

 

Et si le sujet n’était pas cette histoire de rapports affectifs démolis par des mesures aveugles, mais, celle l’opposition entre violence pure et violence relative ; Ne devrait-on prendre en compte que tuer un troupeau d’un seul coup, comme ça en une petite matinée est tout simplement atroce par comparaison à son élimination lente, animal par animal au doux rythme du commerce, pour la satisfaction de consommateurs avertis ?

 

Mais non, le sujet c’est le Mercosur.

 

Evidemment ! Tout ce déferlement de violence ne pouvait pas avoir pour seul motif, la mort de quelques milliers de bestiaux parmi les millions d’animaux en bonne santé.    

Les civilisations ne sont pas mortelles

 

Les fées, décidément, quittent le ciel européen pour d’autres horizons plus riches et plus prometteurs. Elles avaient été très bonnes pour ce petit bout de terre qui ressemble à une virgule lorsqu’on considère une carte du monde centrée sur Pékin ! Trop bonnes, sûrement, si on veut bien admettre que l’Europe, même étendue jusqu’à l’Oural, ne représente qu’une partie minime des terres émergées et une fraction bien petite de leurs habitants.

Hélas ! La réalité aurait mis à bout toutes les protections olympiennes et divines. L’Europe est nue et, à en croire ses voisins, ne serait plus que « belle hideusement … ».
Si je convoque Baudelaire et son langage fleuri, c’est qu’il est temps que nous nous regardions en face. Nous ne ressemblons plus aux condottiere brutaux et impatients de la Renaissance, nous sommes bien loin des aristocrates richissimes collectionnant les palais pour y installer les meilleurs artistes du monde, il est bien fini le temps où nous donnions le « la » dans tous les domaines de la pensée.

Notre faute : ayant conquis le monde, nous l’avons éduqué, et nous avons paré ce beau mouvement altruiste du grand nom de « civilisation ». A bien y réfléchir, la condition d’existence d’une civilisation, c’est justement l’éducation des autres, en lieu et place de leur massacre. Et voici le résultat : récemment, venant de l’ouest, on a entendu des supporters (ou des suppôts) du Président Américain annoncer la fin civilisationnelle de l’Europe. De l’autre côté, venant de l’Est, où le niveau culturel est plus bas et l’immaturité au plus haut, se sont multipliées des provocations du genre « cour de récréation » (viens te battre si t’es cap !).

On a alors du mal à comprendre où se trouve la force civilisationnelle qui va entraîner le monde et se substituer à l’Europe. La civilisation bénéficie-t-elle d’un leadership à l’Ouest ? En dehors de la conquête de Mars et du Groenland, de la Lune et du Canada, les partisans Maga tournent autour du nombril des Etats-Unis à mille lieux d’un destin universel. Existe-t-il un leadership à l’Est ? On sait que les Russes, à défaut de nobles idées, rêvent de pouvoir s’enfoncer dans les fauteuils des bars et des lounges européens, de voler des Impressionnistes et de violer ici et là !
Dans l’un et l’autre cas, rien de civilisationnel n’émerge. Les uns rêvent du monde européen comme le « duce » rêvait d’une mare nostrum fasciste, empuantie des relents d’un passéisme impuissant, les autres se fantasment rois des plus grandes villes d’une civilisation plus de deux fois millénaires, pensant qu’ils auront ainsi rattrapé six siècles de retard.

La difficulté du sujet vient de certaines facilités de langage, de formules brillantes, « Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles » répondant comme en écho à ce bel alexandrin « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux » qui confondent civilisations et empires.
Que les rustres de l’Ouest et de l’Est s’imaginent « civilisations » prêterait à rire, si on ne voyait pas qu’ils pensent que l’avenir de l’humanité est le sous-produit des empires qu’ils rêvent d’instituer. Pourtant, ils sont nombreux les empires qui se sont effondrés pendant que la civilisation occidentale prospérait ? Qui, en Europe, en est encore à pleurer la chute de Rome, la fin du siècle de Louis XIV et les épopées militaires qui leur ont succédé ? Qui peut croire à une « civilisation américaine » quand même on aurait la délicatesse de ne pas rire à ses délires dollarisés ? Mis à part la crainte de ses provocations nucléaires comment ne pas s’attrister face à la décivilisation russe, dont la seule référence solide est la folie d’Ivan le terrible.

Les civilisations ne sont pas mortelles comme sont bien rares les langues vraiment mortes : les unes et les autres ne cessent de créer de l’Humanité. Aussi, face à la vulgarité des propos tenus dans des langues qui dépérissent en mécanismes informatiques et en automatismes artificiels ; face aux imprécations impérialistes, aux fulminations de tréteaux et aux injures insanes, de « va-t-en guerre » bornés, devons-nous être sûrs de nous-mêmes, c’est-à-dire de la civilisation qui nous a forgée et que nous ne cessons d’approfondir.

Comme nous ne devrons pas être patients à l’égard ceux qui abandonnent ses valeurs, refusent l’effort et ne veulent pas être enseignés de ce que civilisation veut dire.

Car si les civilisations ne sont pas mortelles, elles sont toujours en risque d’affadissement et de courber l’échine pour se convaincre qu’elles résistent aux menaces. Il faut être convaincu qu’elles se retrouvent elles-mêmes lorsqu’elles ne sont plus portées à douter, à ironiser ou à relativiser et lorsque la création de l’humanité redevient leur but unique et ultime en dépit des hurlements et des haines.

 
 

 

 

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