Baselitz à Pantin

 

Galerie Thaddaeus Ropac – Pantin, Jusqu’au 2 novembre 2013

 

Le côté sombre de Georg Baselitz

 

Je ne sais pas trop bien qui il faut admirer dans cette exposition. La galerie ou l’artiste. On peut commencer par l’inhabituel : la Galerie ! Pas le galeriste dont, classiquement, on chanterait les mérites, raconterait ses hauts faits et gestes et dont on dirait que, parti de rien, il est devenu ce grand marchand parmi les grands marchands qui font le marché.

En fait, si on devait parler de lui, à cet instant, ce serait surtout pour la galerie qu’il a eu le culot d’installer dans un coin bien reculé de la proche banlieue parisienne, Pantin ! Remarquez, il aurait pu aller encore plus loin. Certains de ses confrères sont allés jusqu’au Bourget ! Mais, Pantin, à un peu plus de 500 mètres de toute station de métro, c’est déjà audacieux. Premier coup de chapeau à la galerie, elle est loin de toute présence artistique. Pas d’autres galeries audacieuses dans les environs. L’audace n’est pas le fait des foules mais de quelques illuminés. Cette galerie en est la preuve.

 

Le lieu aussi est un coup d’audace ! deuxième coup de chapeau : ce doit être une ancienne usine ou des ateliers de montage ou n’importe quoi d’industriel et qui nécessitait d’impressionnantes hauteurs « sous ferme ». Le résultat entre les mains d’un galeriste audacieux est un espace gigantesque et totalement blanc. Si blanc que parfois le fameux malaise des montagnes vous saisit et vous fait vaciller, l’équilibre fragilisé, malaise du « temps blanc » quand on ne sait plus où est le bas, où est le haut, où est la pente, si,à quelques centimètres, menace un précipice ou si tout est plat sur des centaines de mètres ! La galerie est éclairée de telle sorte que les ombres ont été supprimées et avec elle l’inscription des choses dans l’espace et peut-être même le mouvement !

Exceptionnelle galerie située dans un cadre totalement improbable, ailleurs, à l’écart de tout mouvement artistique et pourtant écrin gigantesque pour des œuvres imposantes.

 

Ecrin gigantesque ? Œuvres imposantes ? L’artiste exposé est bien dans le contexte de ce lieu et ses œuvres trouvent leur place comme naturellement.

Georg Baselitz offre à voir, dans un univers totalement, parfaitement blanc, tout un pan de sa nouvelle production sous le titre «  Le côté sombre ». On l’a dit, il n’y a pas d’ombre dans la galerie, le lieu est immaculé et si blanc qu’il en paraît intemporel.  « Côté sombre ? ». « Dark Side » of the force ? Les Statues sont noires ou pratiquement, les tableaux sont d’un bleu si sombre qu’il en parait noir. Dans cet univers si parfaitement blanc. Soleil noir. Baselitz est-il devenu Mélancolique ? L’Etoile Noire pèse-t-elle de toutes ses menaces maléfiques ?

 

J’avais donné une chronique sur les œuvres sculptées de Baselitz. Et surtout sur cet ensemble exceptionnel, les femmes de Dresde. Baselitz avait en effet, il y a quelques temps exposé au MAMVP (musées d’art moderne de la ville de Paris, un ensemble considérable de statues en bois, peintes et toutes d’une taille considérable, trois, quatre, cinq mètres de haut. Massives, lourdes, pesantes. Ici ces statues extraites du bois à coup de tronçonneuse et de hache ont été converties en bronze, noirci par l’artiste. Ces statues énormes, noires, se détachant sur le blanc absolu de la galerie, sont-elles le « côté sombre ». Les titres des œuvres font très « guignol Band », très hourloupéen. Yellow song, BDM Gruppe et contrastent totalement avec la puissance, sombre, maléfique, noire, lourde du bronze dont elles sont faites, des coups de hache qui les ont extraites du bois,  au début de leur création.

 

Posées lourdes, sur le sol blanc  obligeant par leur taille le regardeur à élever au plus haut possible son regard, elles symbolisent des forces, des présences irrésistibles, masses incontournables.  La disposition des statues est–elle le fruit du hasard ou exprime-t-elle la volonté de l’artiste d’associer les œuvres deux à deux ? Le résultat est là : un couple homme botté, à casquette, femme perchée sur de hauts talons constituent-ils un tout dominant et autoritaire posé en regard de cette statue à taille plus modeste installée à l’opposé  où on devine un personnage enserré dans une succession d’anneaux comme dans une succession de chaines, menottes et entraves.

 

A ce couple de statues étranges répond une salle plus loin d’autres statues tout aussi monumentales : les trois grâces, sûrement, sont là, esquissant un puissant mouvement de danse, sourire tracé d’un coup de serpe comme une blessure du bois, droite, comme une simple fente sur la face. A l’opposé de ce groupe enserrée d’anneaux massifs,  une danseuse entamerait un mouvement de ballerine où se lirait la difficulté de se mouvoir et la difficulté de s’extraire d’une matière sombre et puissante.

Au centre de l’espace d’exposition de la galerie, les peintures. Une nouvelle série de peintures : A nouveau le « côté sombre ».  Plus rien n’est vide dans ces tableaux de très grand format. Les toiles, sont totalement emplies de couleurs : noir, bleu couleur de nuit, violet sombre des aubes vénéneuses. Peintures qui appellent le regardeur à bien regarder. A chercher dans l’obscurité, l’histoire qui se déroule ou la fuite de toutes les histoires. Baselitz n’a pas cessé de représenter l’envers des choses en les représentant tête en bas. L’inversion continue sans qu’on soit vraiment sûr du déroulement de l’évènement. La disparition de la lumière ôte au regard ses derniers repères. La chute, s’il y a chute, se confond avec les grandes ailes des vautours qui rôdent autour de nous.

Baselitz offre-t-il au regard le combat nocturne de quelques animaux nyctalopes ou à la tombée de la nuit l’improbable combat entre chauves-souris et charognards ? Raconte-t-il à nouveau, dans des termes encore plus tragiques, l’histoire de toutes les chutes humaines et divines, celle de Prométhée, celle des hommes, chute aussi des anges malfaisants dans un déploiement d’ailes noires que la nuit obscure rend à peine discernables. Niemandsland, Dunkel age schwarzim…

Exposition tout en un contraste étrange entre la blancheur de l’espace qui engloutit toute différence, toute dimension et qui, pourtant, porte et magnifie les taches noires des œuvres réunies sous un titre difficile « Côté sombre » !

 

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