Stanley Greene est mort

 

Restent les photos d’un très grand photographe. Je l’avais rencontré chez Vu, au moment même où je m’étais convaincu qu’il fallait avoir des photos de cet artiste exceptionnel. Photos de Tchétchénie, où le photographe avait approché l’humain au plus près du dernier souffle, au plus profond des détresses, au plus douloureux des images intemporelles nées dans la violence la plus insupportable celle qui enfle dans l’univers des guerres civiles et qui débouche sur celui des guerres de religion. Et puis, je l’avais entre-aperçu à une signature chez Polka.

 

C’est probablement ces photos-là qui m’ont le plus marqué dans son œuvre : j’ai dans la tête les images de son livre « Open Wound », mais aussi, et d’abord peut-être, cette magnifique image, en couleur, quand tout peut encore ne pas survenir, quand cependant, tout parait lourd et menaçant : une femme, serpe à la main, vue de dos, dans un champ de maïs. Elle est massive et sculpturale comme tant d’autres, qui sont là posées, marchant, mortes et qui incarnent plus que quiconque la mort à l’œuvre, la mort qui s’annonce.

 

Je me souviens de ces deux femmes, des sœurs ? debout, pareilles à ces héroïnes des tragédies grecques, longues, l’une portant une robe imprimée de cœurs, parsemés, minuscules ornements dans un dénuement absolu. Et puis, ces images qui renvoient au plus lointain des cultures anciennes, un soldat mort étendu que ses compagnons emportent comme se serait formée une escorte funéraire.

 

Toutes les photos d’Open Wound sont puissantes et extraordinairement fixées.

 

Robert Adams disait « L’ascension foudroyante de la photographie a aussi à voir, je suppose, avec notre méfiance pour le langage ; la véritable figure des guerres et autres actes de barbarie a été obscurcie à un degré inhabituel par le discours ; peut-être avons-nous l’espoir de découvrir la Vérité uniquement en regardant ».

 

Stanley Greene a été au-delà de toute expression un de ceux qui se sont efforcés de la faire émerger. La mort qu’il a photographiée n’était pas une sordide représentation de cadavres mais, la vie qu’on avait arrachée ; photo extraordinaire d’une femme le corps tordu, yeux ouverts, morte dans la neige contre sa porte. Photo de ce Russe, touché à mort, son effort effrayant pour que la vie reste encore un peu.

 

Stanley Greene, n’était-il que ces godillots qu’il photographie comme Van Gogh peignait ses souliers, symboles du marcheur qui s’épuise, de la vie qui se cabosse.  Ces souliers sont pareils à ce que l’américain trouve, dans un fatras de vieilles choses, un revolver, abandonné là comme on peut oublier un morceau de parapluie qui ne sert plus à rien ou des galoches percées. Un revolver cassé, ça ne sert à rien. Alors, il fait partie de tous les débris que la vie laisse derrière elle.

 

 

Cet Homme va nous manquer. Son regard, ce qu’il nous apprenait à voir vont nous manquer. Il restera aussi de lui un sourire, en couleur, un visage lumineux apparu dans la transparence d’une vitre brisée, celui de Zelina qui trouve que la mort est bien lente à venir.

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