Graeme Williams, chez Vu

La couleur ne tache pas: son ombre est grise.

Graeme Williams à la Galerie Vu,

Jusqu’au 31 août 2013

C’est l’histoire d’un photographe sud-africain, d’origine Européenne (dit pour la précision du propos). Passionné par son pays. Passionné par la révolution qui s’y déroule. Il l’a sillonné dans tous les sens, dans toutes les villes et autour. (Sachant qu’en Afrique du Sud, il y a beaucoup « d’autour »). Banlieues. Au-delà des banlieues. « Nowhere » souvent, car parmi les photos qu’il a prises, de logements, de cases, de morceaux de briques assemblées avec des morceaux de tôle, la question revient sans cesse, cette boîte en fer ondulé, où est-elle, d’où vient-elle ? A-t-elle été posée là par hasard ? Ou quel hasard a conduit la main qui l’a fait se dresser ? Par quelle bizarrerie de l’esprit de la couleur a été posée à moitié sur un mur ?

 

Le travail exposé par la Galerie Vu, couvre bien, l’évolution du travail de Graeme Williams sur une longue période. Depuis le parti pris documentaire, ennemi de toute recherche esthétique, en noir et blanc, où la représentation des hommes, des groupes, des bandes domine. Il s’agit de montrer un pays sur le point ou en cours de bouleversement. Pas de misérabilisme esthétisant. Pas de scènes pathétiques. Les gens, tels qu’ils sont, même s’ils sont grotesques, comme ils se mettent en scène. D’un côté, les blancs encore bien séparés, en ces débuts de la révolution anti-apartheid. De l’autre les noirs. De l’information. Des photos claires et directes.

Puis le temps passe et l’Afrique du sud évolue. Les façons de documenter aussi. La réalité change, la couleur s’impose, partout et dans la photographie de Graeme Williams. La couleur… ça ne veut rien dire en fait. La couleur peut gicler de partout ou être totalement concentrée, point de lumière sur le noir de la nuit. Elle peut s’affadir en grisailles à peine teintée, ici ou là, du vert de quelques herbes ou du bleu tirant sur le blanc d’un ciel lourdement chargé en nuages. Deux aspects de la photo de Graeme Williams qui va et vient entre deux mondes.

 

Monde des villes, des banlieues et de leurs habitants, éclatant de couleurs, celles des peaux, celles des affiches, des panneaux publicitaires et des murs surchargés, mais aussi plongé dans l’ombre où la lumière se réduit à un trait,  où les visages sont découpés en ombres chinoises ou, taches de couleurs, se détachent sur fonds obscurs.

 

Mais aussi, monde autour des villes, monde alentour. Un monde si gris que la couleur devient pastel, le bleu s’efforce de passer sous la couche de poussière. Monde du changement désenchanté. Entre ouvrages d’arts abandonnés qui se dressent comme les monuments oubliés d’une civilisation qui s’est retirée, morceaux de bâtiments qui tiennent comme des ogives de cathédrales incendiées, fils électriques qui en sont réduits à supporter leurs propres poteaux rongés par les termites.

 

Désenchanté ce monde-là, vide de toute vie humaine, où la vie humaine ne point que par ruines et cases bancales interposées ?

Ou bien est-il là, à la merci du regard ? Le photographe deviendrait alors chasseur des images d’un monde qui s’acharne à passer. Les photos s’épurent et échouent devant l’humain. Les enfants jouent avec leurs ombres et les femmes se détachent en ombre chinoise sur l’envers des décors. Les personnages que le photographe aligne sur ses pellicules sont des amas de matière, brique, tôle, parpaing, bouts de bois et linoleum qui se sont parées de belles couleurs. Devant cette maison verte ce sont des ballons ou des coussins roses qui ont été mis à sécher ou à lutter contre le gris de la plaine et des montagnes. Verts d’eau, verts durs, verdâtres, une cabane verte devant laquelle est installée un fauteuil vert : variations ou symphonie ? Quelqu’un est-il là, ou à proximité, luttant contre la monotonie des ciels trop bas ?

Une photo est programmatique. Rencontre d’un œil qui traque ce qui doit être montré, qui cherche des formes, des expressions et des moments, pour annoncer ce qui est en cours. Une nappe ? Un couvre-lit ? Peu importe, tissu de couleurs écarlates et orangées. Il flotte, comme doit le faire un linge accroché pour sécher. Il flotte dans le vent et ondule. Couleur légère qu’indiffèrent les nuages massifs et lourds, pesant sur le ciel, l’azur et l’horizon. Couleur flottante et dansante sur le théâtre que suggère une maison bleutée. L’ombre des couleurs qui dansent dessine une forme, légère délicatement grise.

Photos qui éloignent des premiers pas du photographe, quand, en noir et en blanc, en argentique et en direct, il s’effaçait devant les dires du monde ? Le beau ne serait plus ni un étranger, ni un ennemi. Le photographe serait un regard qui dévoile ?

Pourtant, il y a d’autres photos, vite prises, parce que le monde qui a changé est parfois devenu dangereux. Elles ont manqué de temps de pose. Elles sont brouillées et manquent donc de détails. Les couleurs ne sont pas là. Elles vivent. Fort. Intensément. Couleurs de feu. Escalier qui spiralent, fantomatiques, immeubles qui vibrent. Vite. Fort. Intensément.

 

 

 

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