Le Mur: exposition de la collection Antoine de Galbert à la Maison Rouge

La Maison Rouge qui expose la collection (une petite partie de …) d’Antoine de Galbert parle d’une recherche, celle de l’Art qui se fait, qui vient de se faire, avec ce qui vient de se dessiner, photographier, peindre, tracer, gratter, il y a quelques instants… (On ne sait pas encore exposer les œuvres du futur)qui se télescope avec l’art contemporain d’il y a vingt, trente ans, c’est-à-dire l’art du passé.

 

Pourquoi le Mur ? On nous dit que c’est un parti-pris technique qui a consisté à définir le maximum de linéaire exploitable pour une exposition dans les locaux de la Maison Rouge, soit 278 mètres pour plus de 1000 œuvres. Pourquoi ne pas pousser le bouchon un peu plus loin et s’imaginer que le Mur est tout à la fois symbole d’un enfermement et espoir d’une délivrance ? Pourquoi ne pas se dire qu’un mur est mutique essentiellement et qu’exposer en s’appuyant sur lui c’est opposer au silence de la pierre, les voix du silence ? Ou enfin, qu’en y posant les œuvres sans logique autre que celle sortie du ventre d’un logiciel, le collectionneur s’est voulu dos au Mur, sans autre solution que celle d’affronter les regardeurs droit dans les yeux !

Une collection quelle qu’elle soit est une œuvre par elle-même, indépendamment des œuvres qui la constituent : c’est ce que, que cela lui plaise ou non, Antoine de Galbert fait ressortir à la Maison Rouge. Une œuvre dévoile, ce qui se pose s’expose et dit beaucoup sur l’auteur : ici c’est Antoine de Galbert qui montre tout autant ce qu’il est, ce qu’il désire et ambitionne que ce qu’il voit, anticipe, devine, recherche et trouve. Face à cette exposition au sens originel du terme qui renvoie aussi à une mise en danger et une prise de risque, trois façons de voir : l’une qui part d’une idée qu’il faut chercher et qui trouverait dans les œuvres exposées sa démonstration et sa preuve, chaque œuvre parlant pour le tout, aucune ne pouvant s’arroger le droit à une dissidence ; l’autre, qui ferait l’inverse et qui chercherait en partant des œuvres, donc des détails, une idée générale pour, l’ayant trouvée, redescendre et s’assurer que la démonstration est valide ; la troisième, consiste à ignorer, et l’auteur de l’exposition, et le parti pris éventuel de la mise en scène, revendiquant cette idée que quand une œuvre est réussie, point n’est besoin de connaître ni son auteur, ni son titre.

 

On dira que c’est la facilité : on oublie de se replacer dans le texte et le contexte. L’exposition devient alors un prétexte à découverte ou redécouverte. On en suit les accrochages en dehors de tout ordre, quitte à aller à l’envers, ou de traverse, pour suivre un non-cheminement qui n’est pas même proposé ! C’est ce que j’ai fait. Lire les œuvres exposées, les unes après les autres. Se souvenir que l’art de la critique commence par le respect des choses qu’on n’aime pas. Oublier définitivement la recherche du Beau et ne jamais penser au Laid. L’avantage de cette non-méthode est paradoxalement de vous mettre dans la peau de celui qui se voit proposer l’acquisition de telle ou telle œuvre. Pourquoi acheter celle-ci plutôt que celle-là ? Pourquoi ne pas acheter la vierge napolitaine illuminée d’une guirlande électrique plutôt que ce crayonnage fou qui aligne ses lettres comme un dérapage mental ? Pourquoi préférer cette recherche et aligner les photos de façades d’immeubles en face de dessins de tissage, ou des traces de réseaux ? Et ainsi, on va dans cette exposition de questions en questions, les unes venant pulvériser les autres ainsi que les réponses, si par hasard on en a trouvé !

On pourrait énoncer toutes les belles et bonnes découvertes d’Antoine de Galbert. On pourrait ainsi montrer que l’homme n’est pas un utopiste à peine dissimulé mais un « intuiteur » dont le flair est à ce point sensible et fin qu’il lui a, plus souvent qu’à tout autre, ouvert la voie vers O…, M…, B… qui ont par la suite été reconnus comme des artistes essentiels, incontournables, muséaux… et chers, et même très, très cher !!! On ne citera pas de nom car, ces questions de la notoriété, du prix, de l’offre et de la demande sont exactement hors du propos de l’exposition, hors du propos d’Antoine de Galbert. Il importe qu’il ait su voir quelles étoiles se formaient et dans quelle partie de l’univers, elles allaient resplendir. Il importe aussi qu’il ait, plus qu’à son tour, deviné où l’Art germait, dans quels champs il fallait aller le chercher, quels soins il fallait déployer pour l’aider à prendre son aire, puis son envol. Il importe peu, il ne doit pas importer à nos yeux de regardeurs que les choix aient été judicieux, que la dépense ait été faite avec sagacité et que le rendement soit au rendez-vous. Donc, ici, pas de noms, pas de citations, pas de descriptions, seulement rechercher un esprit, le faire se tenir tranquille le temps qu’il faut pour le présenter aux lecteurs de cette chronique.

 

Au fur et à mesure de cette visite, ou de cette revisite si vous avez eu la sagesse de revenir, les œuvres viendront en question, très souvent. D’autres viendront en réponse, rarement. Ce serait le thème de l’exposition. On ne rit pas souvent et les sourires s’ils viennent expriment plus souvent une gêne empathique qu’un moment de légèreté. Par moment, il vous viendra ces vers de Dante.

 

"Au milieu du chemin de notre vie

Je me retrouvai dans une forêt obscure,

Dont la route droite était perdue."

 

Il est certain que le premier sentiment qui nait du Mur est bien celui que la « route droite est perdue ». Progressivement, les repères s’abolissent et les certitudes sont froissées. Vient ensuite l’idée que l’Art est une quête, celle de la vérité. Et qu’elle n’est pas facile à faire venir au monde.   

 

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