Laurence Jenkell, 2

 

 

Laurence Jenkell,


Candies,


VIIIéme arrondissement.

 

2 Pop art, art figuratif, ne faites pas les sucrés…


Plus tard, je découvris qu’ils n’étaient pas tombés accidentellement. Je compris qu’il s’agissait d’une exposition en plein air d’objets conçus et réalisés par Laurence Jenkell. Comme on met Jeff Koons à Versailles, Venet à Versailles et Serra, un peu, au Tuileries. Plus tard, en passant devant les bonbons, en fait, devant les « Candies » je m’aperçus que l’anomalie était sortie de mon champ mental. Ce n’était plus le personnage qu’on met au milieu des champs de blé, qui attire le regard des enfants et repousse le vol criard des oiseaux. C’étaient des œuvres d’art. Elles étaient bien à l’extérieur pour  qu’on puisse les voir. Et les ressentir. En tant qu’œuvre d’art. Tout était revenu dans l’ordre.


Pas tout en fait ! Bien sûr maintenant les « Candies » n’étaient plus des trucs bizarres installés de façon étrange sur mon chemin. Clairement, ils n’avaient rien à voir avec un jeu de piste ni avec un alignement, version contemporaine de Karnak. Même installés en rond, ils n’auraient pas ressemblés à Stonehenge revisité.  Une réinterprétation des célèbres statues de l’Ile de Pâques …? Rien de tout cela : des candies sont des candies. La seule différence était que ces candies étaient sans commune mesure avec des bonbons.


Donc, les « Candies » en tant qu’ « œuvre d’art » ! Laurence Jenkell contribue, lit-on sur son site, à la renaissance de la sculpture figurative. « She contributes to that sphere with her appropriation of the sweet, giving it a form unique in the field of contemporary sculpture ».  Et même, ce serait du Kitsch ! « Cold irony towards the striking banality of the subject ». Le mauvais goût érigé en valeur artistique. Pourquoi pas ? Même Helmut Newton a revendiqué le mauvais goût (sachant que même en faisant des efforts, il n’y arrive pas)


Récapitulons ! J’ai vu des bonbons. Très grands. Je les ai regardés. D’abord étonné. « Ça alors, quels grands bonbons ! » et même « encore une œuvre d’art ‘ Pop’ ». Et puis, « au moins c’est amusant ! ». Et encore « et si c’était de l’art ?». Et enfin, j’ai éprouvé que ces grands bonbons ne me dérangeaient pas plus que ces vaches peinturlurées, couvertes elles aussi de drapeaux et honorées du pinceau, du coup de ciseau, du pot de peinture ou du crayon des plus grands peintres (et aussi des moins grands). On les avait vues paître à Vienne, à Berlin et même le long des Champs Elysées. Alors pourquoi pas des bonbons ?


Au bout de quelques semaines de cohabitation (Le VIIIème arrondissement malgré qu’il en ait, demeure une sorte de village), je ne les remarquais plus trop, lorsque, dans « une foire à la brocante, aux meubles anciens et modernes », boulevard de Courcelles, je tombais sur un bonbon, à vendre. Anglais, je crois. Je n’ai pas demandé le prix. Je l’ai regardé longuement. Les autres bonbons revenaient dans mon esprit sur la pointe des pliures. Je les revoyais. Et je me demandai soudain qui ils étaient, ces bonbons ?


Des œuvres d’art. On l’a dit. Ce n’est pas parce qu’on dit une chose qu’il faut s’y tenir absolument, comme on s’accroche au morceau de bois dans le torrent mugissant qui vous emporte vers les chutes mortelles. Je les avais aimé ces bonbons. Je les avais trouvés drôles. Clins d’oeil. Signes adressés aux enfants. Un doux souvenir offert aux parents. Je les avais trouvé impertinents, davantage que les soupes « Campbell » ou les dollars en multiples d’Andy W. Mais, au fait, pourquoi ces œuvres ?


C’est là que je coinçais. Des œuvres d’art, disait-on ! Pourquoi disait-on des œuvres d’art ? Œuvres, oui ! Il y avait eu là un travail, de la belle ouvrage. Du soin apporté. Ce n’est probablement pas simple de faire des bonbons aussi laqué, avec des couleurs aussi nettes et sans bavure. Mais, quoi ! Disant cela je décris une forme élaborée d’artisanat ! Artisanat d’art ou œuvre d’art ? Ce n’est pas la même chose. Considérant ce grand bonbon abandonné sur le trottoir du boulevard, au milieu des mille objets qui font le charme ou la vanité de ces foires-expositions très temporaires, je ne voulais pas lui refuser ce statut d’œuvre.


« Jeff Koons et tes ballons laqués. Tes chiens et tous tes objets faits de baudruches d’aluminium boudinées. Où êtes-vous quand vous n’êtes pas à Versailles ? Et quand vous y êtes, pourquoi diable ? Proclamez-vous qu’un nouveau baroque est parmi nous ? Que vous êtes le retour des maniérismes, des œuvres éphémères et de grandes « machines » qu’affectionnaient tant nos soi-disant « classiques » ? On vous reprocherait la fabrique des objets d’art et on pardonnerait les fabriques des aristocrates fantaisistes ? Vous matérialisez l’éphémère et pérennisez les souffles  fragiles ». 


Laurence Jenkell, j’aime vos bonbons pour toutes ces questions, qu’ils font venir. Sans l’avoir voulu ? Comme disent les enfants… « C’est pas ma faute… j’ai pas fait exprès ». Allons, il est grand temps de confronter les guimauves en banderoles à la Chapelle Sixtine. 

 

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