Laure Albin Guillot, l'Art en Action

 

Jeu de paume

Jusqu’au 12 mai

 

 

 

 

Dans le monde des artistes, plusieurs figures, plusieurs types d’action, de création et de modes d’expression. J’aime distinguer les créateurs, les passeurs, les suiveurs, les fabricants. Il faut y ajouter ceux qui aident à comprendre, à découvrir, à faire passer ou à produire. Ceux-là, sont des artistes acteurs de leur rôle dans la société.

 

C’est le cas de Laure Albin Guillot.

Etonnante destinée que la sienne. Passionnée de photo et pourtant, toujours un peu en arrière de l’art qu’elle excerce. Passionnée de l’art photographique et sans cesse en avant, figure de proue, de ce monde d’expression et de vision qui est en train de naître. Elle est de cette rare catégorie des gens par qui les choses arrivent. Si je dis que je pense à Vasari rendant compte de la création artistique et des créateurs, on dira que j’en rajoute…

 

Eh bien on peut en rajouter ! Artiste, artisan, acteur, inventeur, administrateur, Laure Albin Guillot fut tout cela à la fois. Animée par l’idée d’une utilisation totale de la photographie. Moyen d’expression artistique et outil de communication. Support pour des recherches esthétiques, mais aussi medium destiné à transformer les médias que sont les journaux, les livres, la publicité. Elle a fait de la photo pour mettre en valeur la poésie. Elle est allé chercher dans le microscopique, dans la photo de cristaux, de bactéries, d’organes, des thèmes esthétiques et, tout à la fois, les détournait pour en faire des motifs décoratifs.

 

Laure Albin Guillot n’a pas révolutionné la façon de regarder. On la trouvera très proche du pictorialisme. Très classique dans ses nus et son goût pour des alternances de blanc et d’ombre, qui relèvent de la sculpture et du toucher plutôt que de photographie et de la vue (tout en notant, qu’elle s’intéresse autant au nu masculin qu’au nu féminin, ce qui, pour son temps et pendant des années, est une originalité). Très traditionnelle dans ses portraits dont elle était une spécialiste reconnue, incontournable.

 

Comparaison n’est pas raison. Pourtant, il est des rapprochements signifiants et, parcourant cette très belle exposition, je trouvai, à sa façon de voir, à son approche des sujets, de ses portraits en particulier, à sa façon très picturale de les traiter, une grande parenté avec Jacques Emile Blanche.

De grands et beaux portraits de personnalités pas si simples que cela à photographier. Très belles photographies de Valery, peu de temps avant sa mort. Lumineux et profond. De Jouvet, quelque peu sardonique. De Cocteau, admirablement rendu, poétique et fragile, délicat et profond. Et une photo emblématique : Colette, on a envie de dire « en majesté ». Portraits où l’artiste s’efface et se décide artisan.

 

Surtout, chez Laure Albin Guillot, la photographie n’est pas nécessairement un art émergent et recherchant sa place en faisant des coudes repoussant telle forme d’expression, écrasant telle autre. Sa conception est coopérative. La photo s’assemble aux autres formes d’art, la poésie surtout et les enrichit comme elle y trouve pour elle-même d’autres raisons de rayonner. Beaux livres, objets rares où la photo porte les chants de Bilitis, la musique de Debussy et les stances du Narcisse.

 

Dans l’œuvre photographique de Laure Albin Guillot, il y a ce qu’on ne pourra pas exposer : son action publique, politique en faveur de ce nouvel art et de ce moyen exceptionnel de communication que va devenir la photographie. Théoricienne de l’usage de la photo au service de la publicité, elle est, aux Beaux-Arts, chef du service des Archives photographiques et met en place la Cinémathèque nationale au palais de Chaillot…

 

Tout en demeurant une portraitiste « artisanale » telle qu’elle se définissait.

 

Exposition à voir, pour aimer et comprendre la photographie.

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