Gérard Fromanger au Centre Pompidou

 

Centre Pompidou. Jusqu’au 16 mai 2016.

 

C’est une rétrospective d’un peintre qui a été, dit-on, très discuté. Pour être sincère, je ne connaissais pas bien ce qu’il avait fait, prêt à le confondre avec Martial Raysse, ou à quelque Warholien. D’aucuns m’expliquent qu’il a rejoint la « Figuration Narrative » plus tardivement qu’il ne le dit. D’autres, qu’il est un des rares artistes à avoir accueilli l’actuel Président de la République Française lors du vernissage de son exposition. (Les plus précis ajoutent que c’est en fait le seul artiste…).

 

Essayons d’oublier ces détails pour nous reporter vers l’œuvre elle-même. Je m’étais rendu à l’exposition sur le thème « c’est un artiste français. Il est connu (puisqu’il est exposé au Centre Pompidou). Il faut y aller ». Ne serait-ce que pour se rendre compte ! Finalement, cela a été un très bon coup !

 

Une seule restriction : pendant tout le déroulement de ma visite, il m’a été difficile de me détacher de l’image warholienne. Les a-plats. Les couleurs primaires. Les répétitions. Images tirées de la vie de tous les jours. Composition à la lisière de la bande dessinée et du graphisme.  Répétition, pas de sérigraphie, de la peinture. Prince de Hombourg. 1965. Gérard Philippe, émerge de l’obscurité, prince blanc. Entre réalisme du théâtre et irréalité de l’apparition. L’illusion du Prince et la reconnaissance de l’artiste. Apparition en multiples. Vous avez dit Warhol ? puis apparaissent les gris. Gens gris. Bâtiments, rues, que les tâches de couleurs challengent. Paysans chinois qui s’applaudissent, applaudissent au photographe, à leur propre travail artistique. Colorés. En couleurs primaires, ils se détachent d’un fonds gris et noir. Un décor esquissé, simplifié, la vraie vie dans laquelle ils sont plongés. La vie en couleurs, c’était pour les besoins d’une réunion de propagande. Fromanger a saisi ce moment fugace où la vie des humbles n’est pas une grisaille sans fin et sans but. Il a posé ses couleurs pour que nul n’en ignore.

 

Warhol ? Oui, parce que la recherche de la simplicité de l’effet. La réduction des images à des couleurs simples. La répétition. Tout conduit à penser qu’il y a des similitudes voire des parentés. Mais, Fromanger ne peint pas « après » Warhol. Il peint à la même époque. Ils ont aussi peint ensemble. Non, s’il est un semblant de Warholisme, il faudra le trouver peut-être dans ce mouvement très fort qui bouleverse la peinture d’une époque, celle des années soixante. Qui érige le « Pop » en une vision obligée. Partout. Dans tout le monde. L’art abstrait est challengé. Les couleurs vite mélangées, vite jetées, brossées, grattées sont mises à l’épreuve de la couleur qui découpe précisément, qui entoure ou remplit consciencieusement, qui est au service du discours de l’œuvre au lieu que d’en tenir lieu. Wahrol parce que ces recherches, ces méthodes et ces messages sont aussi ceux du « pape » de l’époque.

 

Le thème de la couleur qui s’impose, ou, plus exactement qui s’oppose, est à la fois une méthode et un message. Le tableau qui représente quatre reporters en train de photographier la même chose, eux en gris, ce qu’ils filment en couleur. Que filment-ils ? l’eau, le temps qui passe. La vie. Polychrome quand eux ne sont que monochromes. Ils sont aussi des ombres. Ils planent sur l’objet à photographier comme des prédateurs. Ils vont lui arracher ce qu’il y a à dire.

 

C’est un thème qui revient obsessionnel que celui qui oppose des formes colorées à d’autres formes, silhouettes, bâtiments, rues qui ne le sont pas. Thème du combat. D’une dénonciation. Mise en cause des média tout aussi bien que de la banalité de la vie de tous les jours : reporters monochromes qui entassent leurs micros, comme des armes, gourdins modernes, et les tendent vers une forme multicolore, indistincte, abstraite, foisonnante, la vie ?

 

Un magnifique et très grand tableau : Guerre est une démonstration de force et d’école. Maîtrise des thèmes et des modes d’expression de la bande dessinée, description de technologies, armes, réseaux, cette œuvre est un récit et une démonstration.

On pourrait passer en revue toutes ces scènes de rue dont les héros sont les kiosques à journaux, et les journaux eux-mêmes. On verrait les thèmes de la peinture comme instrument d’information et de communication, les kiosques à journaux mieux que le cinéma. L’hommage à Topino-lebrun et la mort de Caïus Gracchus sont l’un et l’autre des leçons sur la façon d’interpréter le monde, le temps qui passe, les gens d’aujourd’hui et ceux du passé.

 

Fromanger est faussement simple. Facilement accessible en apparence, il appelle à une lecture attentive. Il distrait un peu par ses couleurs d’enfant, c’est pour mieux désorienter et pousser le regardeur à approfondir, à rechercher par lui-même, la vie, ses couleurs, ce qui est gris, ce qui est à dénoncer. Artiste politique ? En fait, comme tout artiste qui accepte de se colleter avec le réel, Fromanger a choisi de s’y plonger, d’y trouver ses thèmes de prédilection et de communiquer sur ce qu’il a découvert.

 

A voir et à revoir. 

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