Entre cubisme et Pins rouges

En se promenant, quelques belles expositions qu’il fallait aller voirou qui sont encore accessibles.  Ce ne sont pas de « grandes expositions ». Il faut aller à la rencontre de la diversité des points de vue, obsessions des artistes, leur rôle de « voyeurs» face aux « regardeurs » que nous sommes. Il faut aussi comprendre que certains artistes sont des « passeurs » ou de simples interprètes.

 

A la Cité Internationale des Arts sur les quais, un Coréen. Kuk-Hyun CHANG.

 

Au Musée de la Poste: Metzinger et Gleizes. 

 

 

GeumKangsong



 

 

Les pins rouges d’Uljin en Corée. « GeumKangsong ».  Trop tard ! l’Exposition ne durait que 15 jours. Il en reste une trace. Un très beau livre. Commenté par l’artiste. Sobrement.


Un photographe, Kuk-Hyun CHANG, s’est passionné pour ces pins, dont l’écorce est rouge sombre ou sang selon les éclairages. Symbole d’une certaine Corée. Les Légendes disent que du jour où ces pins, splendides, gigantesques, millénaires parfois auront disparu, la Corée sombrera. Cette passion à conduit l’artiste à rechercher les plus beaux pins, les plus beaux angles de vue, que ce soit en hiver, en été, que le ciel soit bleu ou gris, que les pins soient parfaitement droits ou qu’ils soient de formes tourmentées.

 

Ce sont dix années de travail qui nous sont livrés dans cette exposition. Dix ans pendant lesquels le photographe a parcouru les reliefs escarpés où subsistent ces pins magnifiques. Dix années où il a bivouaqué, transportant un attirail impressionnant, conduit par des guides professionnels dans tous les lieux où ce pin rouge subsiste.

 

Dans ces photos, tout aussi bien une quête qu'une prière. Vénération pour des demi-dieux ou forces telluriques et aériennes tout à la fois, qui se donnent à la contemplation. Arbres-piliers qui soutiennent le toit du monde ou source de vie primale, lien entre le sombre et le clair. Le photographe ici n’est plus simplement poète mais témoin de son monde, acteur de valeurs profondes.


Et, nous qui sommes à mille lieues de tout chamanisme ? ou de tout envoûtement par les forces de la nature ?  Il nous reste, si nous ne sommes pas sensibles à la puissance et à la force sereine qui se dégagent de ces arbres, à contempler de magnifiques photos, fortes et belles parce que tels sont les mobiles de l’artiste et parce que c’est ainsi qu’il s’est projeté.

 


Metzinger et Gleizes

Au musée de la Poste, une exposition « Gleizes-Metzinger ». Jusqu’au 22 septembre.

 

Pourquoi les avoir exposés ensemble ces deux cubistes, convertis de bonne heure à la nouvelle religion picturale ? Ils étaient liés par une grande amitié, un travail en commun, la même foi dans la nouvelle peinture révélée et pratiquement le même âge. Nés à trois ans d’intervalle, ils pousseront l’esprit de camaraderie à mourir à trois ans d’intervalle.


Gleizes et Metzinger à mes yeux, critiques et je vais faire hurler, sont des « passeurs » comme Daniel Arasse disait de Masolino qu’il était le passeur de Masaccio. Il ne faut pas l’entendre comme une comparaison lugubre avec Charron, il se s’agit ni de Styx, ni d’Achéron. Par passeur, j’entends ces artistes qui ne sont pas les auteurs de grandes visions, les génies qui déchirent nos regards, qui ravagent les images et les choses que nous aimons regarder et qui, inventant un nouvel homme dans un nouvel univers, viennent nous imposer de changer nos esprits pour être enfin capable de voir ce qu’ils ont vu, de concevoir ce qu’ils ont pensé et d’agir selon de nouveaux plans, de nouveaux désirs et de nouveaux espoirs. Gleizes et Metzinger ne sont ni Cézanne, ni Braque, ni Juan Gris.


Ce sont des passeurs au sens où, artistes, portés eux aussi par une vision, par le savoir-voir, ils ont su reconnaître le monde nouveau dévoilé par le regard fou, génial et démiurgique de ceux-là qui sont des créateurs.


Leur parcours est très intéressant à tous égards et leur œuvre est emblématique de leur rôle de passeurs. Gleizes, autodidacte en peinture,  jeune artiste, sera un néo-impressionniste, évoluant vers les scènes de travail marin. Metzinger, qui a reçu une éducation artistique, sera dans le vent, pointilliste avec les pointillistes, tenté par le fauvisme et donnant à chaque fois de belles choses.


Mais voilà, l’un et l’autre tombent dans le bain cubiste, vivent la vie cubiste, pensent et écrivent même cubiste. Cela donne une peinture bien conçue, remarquablement construite, même lorsqu’il s’agit de déconstruire, puis de recomposer ensuite sous le point de vue cubiste, les scènes, les personnages, les maisons et les arbres. Ils seront d’excellents peintres du genre cubiste, aux couleurs maîtrisées, à la palette de verts et de bruns obligée, entre Cézanne et leurs amis cubistes du bateau lavoir. 


Que dire de l’un par rapport à l’autre ? S’ils ne sont pas des clones, ils sont frères et, de cette année 1912 où ils tombent dans la marmite cubiste, jusqu’à la fin des années trente qui va les voir diverger, ils demeureront dans le même esprit, on serait tenté de dire qu’ils font palette commune, à tel point les idées et les réalisations de l’un sont proches de celles de l’autre.  C’est un beau moment de la peinture « française » d’une école de Paris, rayonnante et sûre d’elle-même.


Et, puis, en fin de vie ils divergeront, l’un exprimant une foi qui se fait plus présente et plus pressante, l’autre, hésitant entre un réalisme à la « Léger » teinté de populaire et les belles compositions de sa jeunesse, sous forme d’un cubisme, plaisant, aux angles un peu moins vifs.


L’exposition utilise aussi des marqueurs de l’époque, livres, gravures, albums et quelques œuvres de leurs amis et confrères en cubisme ou en art, tout simplement. Elle  montre qu’ils furent des passeurs à tous point de vue, par leurs écrits, par leurs expositions, par les théories qu’ils défendent  et par leur vie dans ce siècle d’or de la peinture française.


Belle exposition, belles œuvres, et parcourt intéressant, entre une époque, ses révolutions et ceux qui en ont été les acteurs. 

 

 

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