Pierrette Bloch, chez Karsten Greve

Pierrette Bloch, ou « de l’art de se répéter »

 

En peinture comme en tout « art », on ne doit pas juger.

 

C’est ce qu’on dit et qu’on ne fait pas. Juger c’est jauger. Apprécier selon une norme, définie par définition.

Peut-on juger de l’œuvre de Pierrette Bloch. On notera que je n’ai pas écrit :" juger l’œuvre de Pierrette" mais "juger de l’œuvre de Pierrette" qui fait toute la différence. Juger l’œuvre c’est prononcer un jugement. Juger de l’œuvre c’est se disposer à prononcer un jugement. Tout à fait différent.

 

Donc, juger de l’œuvre.

Pour ce faire, se rendre dans la galerie Karsten-Greve et relever, parmi les éléments de la préparation au jugement, que cette galerie expose de belles choses en général. Donc, le choix de cette galerie ou le choix par cette galerie de l’œuvre de Pierrette Bloch ne peut pas constituer un mauvais point dans le cadre de la préparation de la formulation du jugement.

 

On relèvera d’ailleurs qu’« entre choix de la galerie » et « choix par cette galerie » rien n’est neutre, les mots parlent très forts. Doit-on penser que Pierrette Bloch a choisi la galerie (choix de la galerie) … mais « choix de la Galerie » pourrait en fait renvoyer au choix de la galerie purement et simplement. « Choix par la Galerie » est plus net, apparemment. La galerie a fait son choix. Elle a jugé que l’œuvre de Pierrette méritait l’exposition. Juger ? Ainsi, la question « juger de l’œuvre » renverrait à cette autre:  « juger du choix ».

 

Ce n’est pas une mince affaire, on le constate que de réfléchir sur une exposition qu’on a vue. Serait-ce plus facile si on ne l’avait pas vue. Je connais quelqu’un qui aimait parler des livres qu’il n’avait pas lu : il n’était pas influencé par l’auteur. Je ne suis pas tout à fait d’accord, il faut dans certains cas, laisser l’auteur dire ce qu’il à dire et se rendre sur place pour voir son « dit ».

 

Et peut-être en juger?

Dans le cas de Pierrette Bloch, je me refuserai à juger de l’intention de peindre. Je m’en tiendrai à ce que je pense de l’œuvre. Il faut toujours en venir à cette idée que si l’œuvre n’est rien sans l’auteur, l’auteur ayant œuvré, l’œuvre est sorti du néant, elle n’existait pas et, tout à coup, elle est sortie du néant comme Vénus est sortie de l’onde.  Le reste est toujours aussi néant. Pas moins pas plus. L’œuvre n’y ajoute rien. Rien n’ajoute à l’œuvre, ni la vie, ni les doutes, ni les joies de l’auteur, de sa famille, de ses maîtresses et de ses joies avec ses potes devant une bonne bière.

 

Donc, si on ne juge pas l’intention ni l’auteur, ni l’intention de l’auteur, que juger ?

Cette question pèse son poids d’enquête et de suspicion, car l’œuvre de Pierrette se traduit en traces et en signes. Elle est parente avec l’œuvre d’un certain Poucet constituée de petits cailloux blancs déposés ça et là au gré d’une errance forestière. Elle est parente par certaines de ses manifestations, les grilles délicates, les entrelacs arachnéens avec les morceaux de mie de pain aussi posés, non pas pour nourriture aux oiseaux (même s’ils finirent leur vie d’objets artistiques sous cette forme), mais, pour donner une structure à l’espace traditionnellement informe de la forêt en ses arbres poussés sans dessein, en ses broussailles qui dessinent des clôtures.

 

Mais ici, les mies de pain comme les cailloux, ou leurs représentations sont noirs. Noires comme les petites traces des pattes d’une mouche qui aurait dérapé par mégarde sur une tâche d’encre de chine. Noires comme les traces imposantes qui feraient penser à la même chose que précédemment mais avec des éléphants, et puis des traces moins grandes et puis…

 

Mais au fait, pourquoi traces et non pas signes? Il est vrai qu’un signe fait signe. Et selon sa taille il est signal plutôt que trace. Un signal, peut tout à la fois nous interrompre, alors le noir envahit la toile, ou bien nous dire de poursuivre et, selon qu’on est araignée ou éléphant, le signal déclenche une petite ou une grande trace.

On a compris que tout ceci n’est pas simple malgré le caractère excessivement peu compliqué de la façon de faire de Pierrette Bloch.

S’il n’est pas légitime de poser la question « pourquoi cette œuvre ?», en revanche on peut se demander:

 

pourquoi la regarder?

Une réponse : on a dit que l’œuvre sort du néant. Je pense que le regardeur plonge dans l’œuvre de Pierrette Bloch parce qu’il voit le néant à l’œuvre ou même parce qu’il y voit l’œuvre du néant. On va dire que le regardeur regarde ce néant d’autant plus volontiers que l’œuvre est incessante et que de toiles en toiles y compris d’araignée, elle s’impose au regard, comme la succession des nuages finit par donner l’impression d’une construction. Il est vrai que le néant est sans limite et, à ce titre, il est partout. 

 

L’œuvre n’est pas les traces noires quelles qu’en soient la taille, l’œuvre c’est la répétition. Pierrette n’est pas la seule répéteuse parmi les artistes : pensez à Soulages, qui répètent des tas de noirs depuis des années, pensez à Michaux, dont parfois les répétitions semblent avoir été copiées par Pierrette. Pensez a à Opalka… pensez à Bao Dai, qui au delà de Seurat, nous invite dans un monde de points noirs, essaims, envols d'étourneaux dans le lointain… au fond à tous ceux qui tirent des traits délicats et légers sur des surfaces parfois gigantesque, à ces chiffres scrupuleusement alignés dans un ordre croissant, sur des milliers de toiles. Pensez à ces primitifs qui ont aligné de milliers de dolmens, (parce qu’ils ne connaissaient pas encore l’encre de Chine) et les artistes de l’Ile de Pâques, qui ont répété leurs statues, et les Égyptiens avec leurs pyramides et les Grecs avec leurs colonnes.

 

Et si l’art n’était que répétition ?

Ou, plus sagement, si la répétition, à force d'insistance, à force de tours de force et d'obstination ne résumait pas l'acte de créer, insistant sur le temps qui se fige mais sans qui l'oeuvre particulière ne trouverait pas sa place. 

Ou, enfin, ces oeuvres seraient des convocations à l'introspection, fascinantes comme des jeux d'optique, elles inviteraient l'esprit à la déstabilisation et par conséquent à la recherche d'un soi à qui elles auraient ouvert les portes du "beyond". 

Elles auraient alors une vertu thérapeutique?

 

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