Jean-Jacques Henner, "Roux"

Jean-jacques Henner

Musée Henner

Jusqu’au 20 mai

 

L’exposition en cours porte le nom d’une couleur : roux.

 

A juste titre ou à dessein ! Le roux est la couleur fétiche de Jean-Jacques Henner. Le roux est la couleur flamboyante de la chevelure de femmes amoureusement peintes, souvent dans le plus simple appareil.  Parfois leurs cheveux sont là pour souligner leur pudeur. Des cheveux roux.

 

Dommage qu’on ait cédé à un peu de facilité. Une fois que l’exposition terminée, on peut s’interroger sur la thématique que les animateurs du musée auront à trouver pour faire venir le chaland.

 

Reconnaissons qu’un musée dédié à un seul artiste est un peu dur à animer. Il en est un qui y parvient sans peine, celui de Gustave Moreau. Mais il faut dire que ce dernier avait tout pensé à l’avance et mis en scène ses œuvres avec efficacité et intelligence !

 

Plutôt que de craindre pour l’avenir, passons en revue le présent. Jusqu’au 20 mai, une belle série d’œuvres seront accrochées. Pas vraiment différentes de ce qu’on voit tous les jours, même quand il n’y a pas de grande « thématique ».

 

L’œuvre d’Henner n’est pas frappante au sens où il est bien loin d’avoir contribué à l’essor des mouvements modernes de la peinture de son temps. Non, Henner n’est pas un inventeur. Il n’a pas « vu » ce qui était en train d’émerger. Il n’a dans son œuvre rien montré qu’on ne connaissait déjà. Le beau c’est ce qui reste quand les nouveautés ont été acclimatées, quand le regard ne s’étonne plus, lorsque l’esprit part, reposé, d’une contemplation ou d’une audition. Henner a fait du beau et il l’a fait en artisan honnête. Il a peint pour un public cultivé. Il a peint avec goût. Avec bon goût même et ses références ne sont pas mésestimables.

 

Sur le plan, à peu près général de ses peintures, sauf quelques œuvres de jeunesse, on peut dire qu’il a rendu hommage pendant une grande partie de sa vie au Sfumato. Ne pas en déduire qu’il a mis ses pieds dans les bottes de sept lieues du grand Léonard. Il a surtout bien entrepris de peindre dans cet esprit pas si facile, de faire se confondre ce qui est des personnages et ce qui est des paysages dans lesquels ils se meuvent.

 

Il a usé avec grâce de ce talent qui consiste à rendre vaporeux les contours et par là à empêcher le regardeur d’avoir une fausse approche analytique qui consiste à séparer le sujet du lieu où il se trouve. On ne peut pas devant nombre des ses nymphes savoir où commence le corps, la peau, la nacre de la chair et où elle se borne. Ses nymphes, quelques noms qu’il leur donne, paraisse émises comme le seraient des brumes, des nuées, des vapeurs par une nature aussi peu matérielle que les personnages eux-mêmes.

 

Le sfumato, nocturne ou crépusculaire, à ce stade, devient un vol de particules, dont la vibration se teinte de blanc laiteux et de rousseurs en cascades. Ce thème, de la nuée dénudée, sur fond d’ombres et de végétation sombre, est répété comme obsessionnellement et se découpe, sans cesse sur un bleu crépusculaire répétant dans le ciel la clarté spectrale des nymphes, des vierges ou des femmes au bain.

 

Jean-Jacques Henner ne renie par pour autant le dessin et ses rigueurs de fil de fer. Ses portraits sont bien loin de combiner des nuages de particules avec des vapeurs rousses. Il sait très bien placer ses sujets, préférant très souvent les voir de profil plutôt que de face. Il sait en dessiner les moues et les sourires. On lui doit de très beaux portraits de femmes du monde ou dans le genre des femmes de la bonne société. Elles sont peintes d’une façon qui plaisait bien à l’époque. On est à la fin de la peinture de société et au tout début de la photographie. La peinture est plus élégante.

 

 Il est tentant de s’interroger sur la pratique photographique du peintre tant l’envie est forte de qualifier de « pictorialiste » une grande partie de son œuvre. Mais ce serait un peu curieux de le faire puisque ce qualificatif est attribué à un mouvement de photographie qui considérait que la photo permettrait de faire de la peinture en mieux. Mais il est vrai qu’à regarder certaines œuvres de Jean-Jacques Henner, c’est à de certaines photos qu’on pense.

 

Et aussi, comme on l'a évoqué plus haut, l'obsession pour un certain type de représentation féminine, ne peut pas ne pas faire penser à Gustave Moreau, bien que la "façon" des deux peintres soit presque aux antipodes l'une de l'autre. Bien que les "mises en scène" soient opposées. 

 

Peu importe, il a des portraits de belle façon, le sujet se découpant sur des fonds arbitraires de bleu, de rose, rouge ou de noir. Ils ont des airs de Degas et des floutés de Gainsborough. On est loin des peintres classiques français du portrait. On est à l’opposé des préraphaélites. On est dans un moment charmant, comme suspendu, de l’histoire de la peinture, où le peintre est encore quelqu’un dans la société et non pas l’énervé, le révolté, le provocateur. Jean-Jacques Henner était grand-croix de la légion d’honneur. 

 

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