Paris-photo 2012

 

 

Paris-Photo, une promenade dans l’univers merveilleux de la photographie ?

D’abord et avant tout, dire les choses comme elles sont, ne pas attendre la conclusion : cette édition de Paris-Photo est remarquable. Le choix des galeries françaises comme étrangères, le choix des photos, l’équilibre entre photos « vintage » et photo contemporaines, tout est impeccable. Je devrais m’arrêter à ce stade. Je devrais me contenter de dire « allez-y ». Et puis ce serait tout. Vous n’auriez plus qu’à y aller. Vite ! Parce que ça ne dure pas longtemps Paris-photo.


Quand même, il faut dire quelque chose d’un peu plus construit. Ce serait plus honnête intellectuellement !  Et puis, ce ne serait pas juste à l’égard de tous ces photographes que j’ai repérés, notés sur mon calepin électronique, à qui  j’ai essayé de voler quelques œuvres. Mais aussi comment être juste, avec tant d’œuvres et tant d’auteurs, tant de galeries ? Quand un artiste vous attrape l’œil d’une photo… de deux, peut-on dire quelque chose de pesé, de censé ? Peut-on se contenter de voir un petit peu, pas grand-chose, pour former une opinion et décerner des bons points…ou balancer des vannes !


Il vaut mieux se lancer quitte à être injuste !


Avant de distribuer les louanges et redire tout le bien que je pense des artistes et des œuvres, je voudrais ouvrir ce papier sur une envie de rire. Une envie de me moquer. Donc de critiquer.


Voilà pourquoi : en passant en revue photos et galeries, je me suis aperçu d’une sorte de retour au…XVIIème siècle, au maniérisme, à Bronzino et à ses émules, aux Hollandais et à leur science du portrait. C’est un fait, portraits posés, jeune fille à l’attitude sage et prude, un peu de tristesse ou d’absence dans le regard, quelques collets très montés, des coiffes à l’ancienne et de l’ancien imité en plastique, tout ceci donne un incroyable retour vers le passé. En mieux bien sûr. Le fini est plus fini, le lisse tellement moins rugueux, l’éclairage infiniment mieux maîtrisé. Parfois, c’est tellement bien fait qu’on a l’impression de voir du Richter (vous savez le peintre allemand qui peint comme on fait des photos). Parfois, et c’est beaucoup plus amusant, ce sont des bouquets. Je n’en croyais pas mes yeux : des bouquets à la hollandaise, comme au bon temps de la compagnie des indes…Allez, je m’interromps ici. C’est trop de méchanceté. Il n’y avait pas de « Vanité », n’est-ce pas ? Donc, le pire n’est pas sûr. En tout cas, pour le plaisir, je livre ici ces auteurs de portraits ou de bouquets. Qu’on me comprenne bien : ce n’est pas mal photographié. Ce sont souvent de très belles œuvres. Sur le plan technique, ce sont des performances, sur le plan esthétiques, des réussites. Elles refont cependant ce qui a été durement reproché, avec raison, au pictorialisme : de la peinture. Elles refont ce que toutes les techniques modernes sont tentées de faire : de l’ancien en mieux. Comme on a refait des « Sainte-Sophie » en béton, comme on a fait monter à des altitudes vertigineuses des colonnes gothiques en fonte…


On trouvera ci-dessous quelques uns de ces peintres audacieux qui veulent en remontrer aux anciens :
Jitka hanzlova (portraits) et Sharon core (bouquets), Hendrick Kerstens, Richard Learoyd, Paulette Tavormina, et même des asiates Hiroshi Sugimoto, Hai bo.

 

Evidemment, à Paris-photo, il n’y a pas que de la photo à l’ancienne ! Il y a beaucoup d’autres choses, belles et bonnes : parmi elles, mais on passera vite, de très belles photos « vintage ». Des photos historiques, bien sûr, avec les diplodocus de la photo : Nadar ou des daguerréotypes, et puis les amis de monsieur Gray et même des Kuhn plus pictorialistes que jamais… et surtout les grands photographes de l’entre-deux guerres, ceux de l’ex Autriche-Hongrie, les Hongrois, les Tchèques, les Croates. Ceux de l’Allemagne et les Français. Arrêtons ici les énumérations, les citations et déclarons tout d’un jet qu’on peut, à Paris-photo, venir se souvenir ou rechercher ces moments fondateurs.


Fermons le ban ! il y a aussi des collections présentées, au sens le plus intelligent de la « collection » qui comprennent des photos et des auteurs admirables, qui comprennent aussi des photos remarquables d’auteurs anonymes.  Je n’ai voulu en retenir qu’un seul parmi les « anciens célèbres » : Irwing Penn, dont l’œuvre rayonnait..


Et les contemporains alors ? Ceux-là dont on ne rira pas pour leur retour de l’antique, ceux-là qui sont nés trop tard pour être vintage ?


Ils sont là bien sûr et j’ai plaisir à les citer : Ceux que j’ai commentés déjà : de très grands photographes : Witkin qui va au-delà du miroir et manie humour et terreur. S’il est un auteur de Vanité, c’est lui, si ce n’est qu’il ne s’attache pas à retrouver les siècles passés, il les continue et projette un avenir douloureux.   Killip, homme des Iles et de la mer, de la souffrance des peuples qui se sentent emportés par un flux contraire. Témoin du naufrage des fabricants de bateaux. Portraitiste des vies qui ne sourient pas trop et des sourires qu’on essaie d’arracher à la vie.


Et puis des auteurs que je voudrai connaître mieux : Patrick Bailly, Bruno Dunckel, Paul Graham.


Il y a ceux qui appellent d’autres visions, qui convoquent d’autres mondes, Antoine d’Agatha, Corinne Mercadier, Yusuf Sevincli, Julie Blackmon. Ils inquiètent, ils nous tendent les miroirs et ne font pas mystère que nous n’y trouverons pas des Narcisse. Ils invoquent les peurs et convoquent les passions. Et les mêlent. Et nous les livrent. A nos risques.


Il y a ceux ceux qui regardent et s’attardent sur ces lieux communs que nous fréquentons sans les regarder, dommage, il y a beaucoup à voir. En toute simplicité : Charles Johnston.


Et enfin, ceux qui font souffrir les photos et les torturent pour qu’elles disent tout et qu’elles avouent enfin : John Chiara. Ceux qui utilisent leur appareil pour qu’un monde de tous les jours, dévoile des choses différentes, difficiles : Géraldine Lay. Plus loin et plus dur, Anders Pedersen, qui n’a pas besoin de torturer les images pour qu’elles parlent enfin. Il les impressionne d’un monde qui n’est pas celui de la douceur ou de la facilité et, malgré la violence, malgré la dureté, qui n’est pas nécessairement un monde sans âme, sans passion ni sans élans.


A part, parce qu’il faut bien qu’on choisisse des découvertes, des œuvres qu’on n’attendait pas auxquelles on ne s’attendait pas : Thorsten Brinkmann et Fauquet.


Le premier, allemand, est un anti-Witkin, c’est la parodie du parodique, c’est la gaieté de l’anti-gaité, la couleur là où il y avait de l’ombre, des coussins là où il y avait des corps en décomposition. On y voit aussi bien Magritte (ses compositions sont si claires) que du Chirico (et ses mannequins en maraude). On y voit des surréalistes de la plus belle eau, dans un esprit de franche hilarité. C’est, je crois, le seul photographe de cette exposition que j’ai eu envie d’associer avec les mots, rire, ridicule, drôle, fantaisiste, enjoué… compositions élégantes et frappantes, provocations amusées. A suivre de près…


Et puis, last but not least, parmi de nombreuses photographies remarquables, Jean-Michel Fauquet que présente la Galerie Vu. Photographe intense. Fabricant ses sujets autant que les « trouvant ». Retravaillant les épreuves, patinant et cirant, repeignant, pour aboutir à l’œuvre souhaitée. Pour livrer des mystères, des questions et des voiles à lever. Des photos qui sortent le regard de son regardeur et lui disent d’aller plus loin. 

 

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