Provoke au BAL

 

Provoke

 

Entre contestation et performance - La photographie au Japon 1960-1975

 

Du 14 septembre au 11 décembre 2016

 

Encore une splendide exposition au BAL. Splendide et exceptionnelle par la richesse et la puissance des images présentées. La photo japonaise est souvent présentée via des images provocantes ou non, sous une forme très esthétisante. On aime parfois se souvenir qu’avant de faire des photos, les Japonais gravaient des histoires. On aime rappeler qu’ils avaient une façon bien à eux de mêler l’imaginaire pur, les histoires « fantastiques » et les personnages de tous les mondes, intérieurs, extérieurs, métaphoriques, demi-dieux, et de les faire émerger venant d’univers complexes. Le regardeur en vient à chercher chez n’importe quel artiste japonais, l’histoire, les récits et les contes qu’il a certainement insérés dans sa peinture, sa gravure et pourquoi pas sa photo !

L’exposition du BAL fait voler en éclat tout un univers de conventions confortables sur la sérénité, la maîtrise, l’exigence du trait, la perfection de la ligne tout en encre de chine, dans ce domaine de la représentation qu’est la photographie japonaise. Tout ce qui vient d’être énoncé, en tant qu’évidences du regard, est pulvérisé, saccagé, envoyé dans les vieux greniers avec les hardes déchirées et les fauteuils régence un peu bancals.

C’est une photo dite de contestation qui est montré. Mais, c’est aussi une photo qui, combats de rue après combats de rue, marches contre la guerre au Viêt-Nam après marches contre l’exploitation capitaliste, définit de nouvelles règles, de nouveaux modes de capture de l’image, de nouvelles sensations chromatiques.

Un mouvement s’est formé autour d’une revue éphémère : Provoke. Il a rassemblé les photo-journalistes, Tomatsu Shomaï, Okada Takahito, Kitaï Kazumo, Moriyama Daïdo, Hosoe Eikö … et bien d’autres. Une nouvelle esthétique photographique est née.

Est-ce de l’Art ? Est-ce beau ? Ces questions n’ont pas une grande importance. Les photographes japonais qui se découvrent sont jeunes, les mouvements de la société japonaise qu’ils saisissent sont ceux d’une « jeune nation ». 15 ans après la bombe, le Japon sort de son abattement, des générations « sans guerre » viennent s’en prendre à une chape de plomb sociale. La société japonaise se découvre tout autre que ce qu’on pensait : violente, moderne, contestataire et non pas hiératique, figée et conventionnelle. Leurs photos sortent des sentiers battus. Ce sont des photojournalistes. Rapidement, pour pouvoir frapper les esprits, les photos deviennent des images de la vitesse, des rapports violents entre la nuit et la lumière, images aussi comme arrachées à la pellicule, planches-contact travaillées jusqu’à faire sortir les « grains » argentiques, un par un, jusqu’à pouvoir les compter.

Images dans l’image et photos d’images. La photo est bien là pour dire le monde, le dévoiler et le révéler. Il devient évident que ce qu’on nous montre n’est peut-être pas ce qu’on voit mais au contraire ce qu’on sent. Quelqu’un a dit qu’on ne voit que ce qu’on nous montre. Il faut bien qu’il y ait des montreurs. Tous ces photographes nouveaux seront les montreurs non pas d’un autre monde mais de celui que nous vivons. L’autre celui que nous pensions voir et regarder, est un monde fabriqué il y a des dizaines d’années, auquel nous nous sommes accoutumés, que nous voulons continuer à voir, qui rassure par sa permanence et une certaine « immuabilité ».

A la vitesse de la lumière, peut-on compter les grains argentiques ! La vitesse, le mouvement, la foule dans une manifestation, les combats entre police et manifestants, les uns et les autres armés de longues lances, sont la matière première de ce photojournalisme japonais.

Mais aussi, la violente confrontation en noir et blanc, entre nuit et lumière, en ombre et soleil. La lumière aveugle plus souvent qu’elle n’éclaire. Le noir se saisit des visages et les dévore. Parfois, l’image revue, rapprochée, ne laisse plus que des traces de noir sur un fond blanc qui sont des yeux, une bouche, des doigts.

Romantisme ou réalisme, expressionnisme ou révolte ? Il est fascinant de voir des rangées de boîtes de conserve sur des étalages devenir des objets de représentation, boîte par boîte ou ensemble de boîtes par ensemble, linéaires ou empilées pour faire des murs de boîtes. Il est tout aussi fascinant de voir s’inscrire des « séries » de visages dont le modèle se répète. Des scènes nocturnes, accidents, rues vues la nuit, images de révolte, se succèdent. Et par moments, on s’étonne à constater que tout ceci jaillit au même moment quand un américain accoutumait le regard aux boîtes de soupe, aux accidents sérigraphieé, aux visages multipliés !

Des B-52 monstrueux envahissent l’espace de l’image, des manifestants disparaissent dans la brume, des mouches s’accumulent dans l’espace d’un piège.

Comment tout raconter ? C’est une aventure de plus de dix ans qui révolutionne la photo japonaise. Il faut aller au BAL.

 

 

 

 

 

 

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