L'Art en Guerre, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

 

 

 

L’Art en Guerre,

Musées d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Jusqu’au 17 février 2013

 

 



Le charme peut-il être exceptionnel ? Les deux termes ne sont-ils pas contradictoires ? Et puis, tant pis s’ils le sont ! FIAC oblige ? Paris, se multiplie en expositions dont le charme est absolu. Parmi elles, deux réunies en un seul endroit, qui est lui-même un lieu de charme, le Palais de Tokyo et, pour être plus précis encore, un lieu où tous les charmes se sont donnés rendez-vous: le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.


Charme et précisions du langage ne vont pas nécessairement ensemble : le Musée D’art Moderne de la Ville de Paris, parmi les expositions qui courent, a donné à l’une d’entre elles un « intitulé » contestable. Il faut l’oublier et aller voir l’exposition, une fois, deux ou trois fois.


Donc, « l’Art en Guerre ». Bon. Il faut des titres pour les expositions. Et puis, régulièrement, il faut faire acte de contrition. Il faut regretter. Pour pouvoir regretter, il faut se souvenir. En France, pour pouvoir regretter à bon escient, il suffit de puiser dans les ressources qu’offrent « l’Occupation », « L’Algérie », « La Rafle ». Ici, les organisateurs de l’exposition ont voulu exploiter le fond un peu éculé : « Occupation ». Donc, non pas « l’Art sous l’Occupation » qui a probablement été fait dix fois, mais « L’Art en Guerre ». Instantanément, nait une ambigüité et donc un risque de mauvaise interprétation. Il faut dissiper le malentendu. Ce n’est pas une exposition sur la vie artistique sous l’occupation, ni une de ces expositions didactiques à base de coupures de journaux de la collaboration, de photos du Maréchal et du voyage à Berlin de la fine fleur des artistes français.  Ce n’est pas non plus une exposition sur l’Art qui se faisait pendant la Guerre… et moins encore de l’art qui se faisait dans les camps de prisonniers ou dans les camps de concentration. Le titre de l’exposition fait obligation d’exposer certains travaux, dessins, croquis. Ce ne sont pas des « œuvres artistiques », mais des témoignages, douloureux, des traces, comme le sont les poèmes écrits sur les murs des geôles.


En tout cas, ces quelques œuvres, qui dépassent rarement l’état d’un croquis sur un morceau de carnet, sont en nombre et en place bien réduites. De fait, l’exposition montre bien d’autres œuvres, et, en particulier, un nombre imposant d’œuvres faites avant et après la guerre ! Et tout le charme de l’Ecole Française de peinture, d’avant et après la Guerre. Cette exposition est un hymne à la création artistique à Paris avant que le rouleau compresseur de l’Art et du marché de l’Art Américain soit passé. En ce sens l’exposition est un remarquable parcours du souvenir. Souvenir de cette époque où Paris attirait les créateurs de toute l’Europe. Souvenir du temps de toutes les expériences artistiques.  Les pièces exposées, peintures et sculptures portent les signatures de tous les artistes qui auront compté pour le XXème siècle et parmi elles des œuvres emblématiques : je pense à la femme dans son bain de Bonnard, aux premiers travaux de Fautrier, à la lumière d’Estève au bout milieu de la période la plus sombre de la guerre. Parmi les curiosités de la peinture, il en est une qui m’agace toujours : la quasi gémellité de Braque et de Picasso dans leurs travaux avant et pendant l’occupation. L’exposition les montre, ensemble. Pour montrer qu’ils sont jumeaux ? Elle montre d’eux des œuvres exceptionnelles d’intelligence, d’équilibre et d’aboutissement. Œuvres écrasantes qui feraient ombre à toutes les autres. Justement non ! C’est là que le charme de l’exposition joue. La plupart des œuvres sont exceptionnelles. Qu’il s’agisse des grands classiques, Rouault, Matisse, Bonnard, qu’il s’agisse des jeunes talents, Bazaine, Fautrier, Le Moal et des autres.


Paris ville-lumière a été le lieu d’analyse, de décomposition-recomposition de la couleur, de lalumière, des rayons du soleil, des combinaisons statiques ou dynamiques des valeurs élémentaires… et dans le même temps du surréalisme. Villon et Tanguy, Kandinsky et Max Ernst quand au même moment la leçon impressionniste continuait son œuvre de déconstruction des perspectives, quand au même moment l’abstraction lyrique ou analytique frayait son chemin, hésitante ou triomphante entre Nicolas de Stael et Maneissier. C’est à la fin de la guerre, dans les décombres que naissent aussi les géants Dubuffet et Soulages.


A ce compte, on en vient à penser que l’exposition aurait dû trouver un tout autre intitulé. Il aurait été en risque de « cocorico». Il aurait dit, «  le XXéme siècle est celui de la peinture française ». Il aurait dit, tant d’artistes « français » étant d’origine étrangère, que « le XXéme siècle est vraiment le siècle de Paris ». Peut-être le titre choisi l’a-t-il été à bon escient, les autres auraient été empreints d’une nuance de regret, d’une brume nostalgique…

 

 

 

 

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