Luigi Ghirri,  au Jeu de Paume:  Cartes et territoires

Jusqu’au 2 juin 2019

 

Ce sont des photos prises dans le courant des années 1970. Beaucoup de photos en couleurs. Sur le moment, au premier regard, l’auteur parait … banal. Impression ? Comme celle qui viendrait d’un regard posé distraitement sur le travail d’un impressionniste dont on ne connaîtrait pas les œuvres, parce qu’on ne connaîtrait pas l’impressionnisme. Il surgirait au détour d’un mur d’exposition. On se dirait, oui, c’est ancien, sûrement, pourquoi faire une exposition….or, cet impressionniste-là, ce serait Monet.

 

Petite histoire simplette pour dire que ce premier regard qu’on a jeté, on l’a jeté sur un premier regard !

 

Pas de mots définitifs : Luigi Ghirri n’est pas le « Monet » de la photo, il est cependant un de ceux qui ont transformé le regard du photographe. Il est de ceux qui ont vu qu’il fallait voir d’autres choses que les visages, les gens, les moments tendres et les souffrances qui ne se cachent pas. Il fait partie de ceux qui, formés par le regard des peintres, informés par eux que ce qui est à voir n’est pas souvent vu ni, même par les gens qui ont pour métier de montrer et les photographes en sont bien !

 

C’est ainsi que nait un regard qui fait du concret de tous les instants, de tous les pas dans la rue, de tous les regards sur les murs, un objet d’art à saisir dans son objectif.

 

Tout est-il beau ? Tout est-il montrable ? Tout est-il dicible et visible au sens où rien ne peut être mis à l’écart de l’objectif ou du discours ?

 

Oui, pour preuve, Modena, 1970, du papier d’emballage de fête bleu foncé avec quelques petites étoiles d’or, fait une chaîne de montagne vue du ciel ou tranche du filon de quelque minerai précieux. Les personnages de Pescara 1972, s’avance le long d’un court de tennis sur fond grillagé qui tient éloignée la mer à fleur de photo. Mais aussi des personnages vus en contre-plongée, entre deux masses de gazon. Paris 1972.

 

A chaque fois, des sujets qui n’en sont pas. A l’inverse des photographes américains fascinés par la ville, en tous ses recoins et ses passants dont on ne peut pas ne pas saisir les trognes, les pas et les costumes, Luigi Ghirri fait de la pure photo. Il cadre. Il construit le regard du regardeur futur. Il le conduit et lui offre un objet à regarder, pur objet de contemplation d’où le sens est absent. Ou, s’il est un sens, celui justement de la pure contemplation d’un ordre posé par l’artiste.

 

Tout dans les villes, dans les campagnes ou au bord de la mer est sujet à contemplation, tout peut faire œuvre, tout pourvu que l’artiste, organise ce tout pour qu’il assume sa mission de sujet à contemplation. C’est un peu compliqué comme commentaire sur Marinna di Ravenna, une cabine de plage bleu turquoise, qui encadre un intérieur jaune et un transat. Mille raies. Œuvre d’équilibre impeccable. Nature morte qui vibre. Mais aussi, dans le même esprit toujours intitulé, Marinna di Ravenna, un parasol replié rouge, qui se dresse sur un fond de bleu et de jaune, mer, ciel, sable. Equilibre. Stabilité. Et s’il y a de la bise qui vient balayer la plage, elle a pour mission de donner au pli du parasol quelque chose de moins sage, de plus vibrant.

 

Luigi Ghirri sait que le regard se porte parfois sur le regard lui-même qui se porte ….

 

Photos de personnages en train de prendre des photos, photos d’affiches qui sont des photos, photos d’affiches déchirées sur des panneaux qui ne les retiennent plus. Tout est à voir pour celui qui ouvre les yeux. Tout est à montrer à commencer par ce qui est si visible qu’on ne le voit plus : habitude, paresse, inintérêt ? Luigi Ghirri le retrouve, le sort de l’oubli ou de l’indifférence et le montre parce qu’il y a quelque chose à voir.

 

 

En y réfléchissant, les Nymphéas, ne sont-elles pas avant tout des fleurs qui pourrissent lentement dans des eaux pas très courantes qu’on confondrait facilement par un beau soir d’été avec un ciel et ses nuages.

 

En y réfléchissant, rien n’est invisible, tout reste à voir. 

 

 

 

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