Les chemins de Peter Klasen

Les chemins de Peter Klasen

Exposition chez BOA,

11, rue d’Artois 75008 Paris

La galerie BOA expose quelques œuvres de Peter Klasen jusqu’à la fin septembre. C’est dire qu’il faut se dépêcher pour profiter d’un travail qui demeurera emblématique d’une période de temps : celle qui, à la fois, se coupait du monde « d’avant », celui de la guerre, des restrictions et d’une sorte d’enfermement moral et mental et aussi annonçait un monde nouveau, jeune, frais et l’émergence d’un regard décillé.

 

Le choix de BOA est très fort et bien joué.

 

Il ne pouvait pas être question d’exposer l’œuvre de Peter Klasen dans l’espace d’une belle galerie quelle qu’elle soit. L’œuvre de l’artiste est de qualité Muséale et trop forte pour être enfermée entre quatre murs quelle que soit la qualité de leur accueil. Philippe Ageon a choisi des « Milestone ». Je préférerai le terme de pierres d’étape. De ces pierres qui marquent des temps et des distances. Et marquent aussi la croisée des chemins et le cheminement. On ne dira pas qu’il y a un Peter Klasen d’il y a 50 ans et un Peter Klasen d’aujourd’hui. On ne dira pas non plus que le Peter Klasen « de nos jours » aime à se retourner vers quelques ancêtres en peinture, un peu comme, s’il avait décidé que, finalement, à un âge avancé, on a le droit d’avoir envie de s’asseoir, avec les autres, les Malevitch, Schwitters … bouffardes au bec ou pichet de bière en main, et de se laisser aller à se souvenir du bon vieux temps, quand on était jeune, quand on voyait que des chemins s’offraient et qu’ils se nommaient «chance, travail, obstination, volonté, plaisir ». On n’avait qu’à choisir.

Mais voilà qu’il est aussi des vérités qui vont au-delà du temps de l’artiste.

Selon Heidegger « L’artiste reste, par rapport à l’œuvre, quelque chose d’indifférent, à peu près comme s’il était un passage pour la naissance de l’œuvre, qui s’anéantirait lui-même dans la création ». L’artiste serait donc un passage et un passeur.

A quoi sert-il donc l’artiste dans cette aventure qui se nomme création ? Il servirait à voir ? Il servirait surtout à faire voir des choses, des gens, des moments qu’il n’avait pas imaginés, ni vus. Il a cette chance d’être le premier à assister et à procéder à l’émergence de quelque chose qu’on nommera « art » faute de mieux ?

 

Devant l’œuvre reconnue, l’œuvre qui s’accomplit devant les regardeurs, il n’y a pas de temps, d’avant, ni d’après.  « L’essence de l’art, c’est la vérité se mettant en œuvre elle-même. …L’art est un devenir et un advenir de la vérité. »

La vérité n’est pas liée au temps, elle n’en dépend pas, il ne la touche pas. Les citations plus haut sont tirées du très beau livre d’Heidegger dont le titre allemand « Holzwege » est plus riche que le français : « chemins qui ne mènent nulle part ». Heidegger, y parle de ces chemins que tracent les bûcherons tirant les futs depuis le sein de la forêt vers l’orée. Ils ne mènent nulle part que si on les prend pour des chemins. Ils mènent à la vie et à la vérité si on les prend dans l’autre sens, celui qui part de la clairière, de sa clarté patiemment arrachée à la forêt.

 

Voilà pourquoi ces pierres qui marquent le chemin sont passionnantes et voilà pourquoi la présentation qu’en fait la Galerie BOA est une très belle illustration du cheminement de Peter Klasen.

Dans un texte précédent, j’avais beaucoup insisté sur le langage qui se déploie dans l’œuvre de l’artiste.    (suivre ce lien) Chacune des œuvres présentées serait ainsi, un moment de cette clarté qui s’achemine vers le début, vers l’orée.

 

Œuvre étonnante, cette femme « bandée » qui, parmi les œuvres du jeune Klasen, est très surprenante. On peut la lire comme une image de l’enfermement auquel l’esprit est encore habitué mais aussi comme celle de l’emmaillotage après la naissance et avant l’exposition au monde. Les chemins de Peter Klasen ne mènent pas nulle part. Ils racontent les chemins et multiplient les avertissements « attention danger : vous avancez vers la vie ». Le danger est en effet bien là quand la bâche bleue qui ferme un camion, une remorque, un wagon, est vraiment, le rideau du théâtre marchand et industriel où nous sommes installés, nous croyant acteurs et pourtant espérant échapper à ce qui va s'y jouer. Lorsqu'il tombera, à nouveau, l'artiste aura fait "éclore", une nouvelle clairière. 

Il est frappant de constater comme l’œuvre de Klasen, après avoir fait tomber les barrières, a d’abord, fait surgir la clarté et la rareté, comme si, pour que le travail de l’artiste s’accomplisse, il avait fallu quelque simplicité voire quelque austérité. Entre « Nausée » et « regard/cible/ manette/interrupteur », le monde qui se dévoile s’enrichit. Le vieux monde est maintenant stocké dans les mémoires et lentement se fige en « beau » (si on veut bien admettre que le beau est le registre des formes dont on a pris l’habitude). Il ne bougera plus. Peter Klasen peut le quitter et s'attacher à la découverte du jaillissement d'un monde nouveau. Le nôtre.

Entre les premiers chemins et les derniers, les éléments du discours se seront multipliés. Au lieu et place des frontons grecs, des architraves vaguement disposés et des colonnes corinthiennes auxquels même les plus avant-gardistes n’auront pas échappé, ce sont les balises de notre monde qui jaillissent et sont repris sans cesse, « miles stones » d’un monde riche et dangereux: avertissement électrocution, zone danger et regards de femme, entre distance et attirance.

Décidément les chemins de Peter Klasen ne mènent pas nulle part ! Ils partent vraiment des clairières que ce fabuleux bûcheron arrache à la forêt. Ils construisent un regard nécessaire sur le monde.

 

 

 

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