L' Olympia de Manet 2

Le thème de l'Olympia de Manet trotte dans ma tête depuis qu'ayant lu Arrasse et son commentaire sur l'Olympia de Titien, je pense aux "mains gauche" des deux femmes.

 

Tout en me demandant, si les deux "Olympia", se mirent dans le regard d'un désireur ou dans un miroir, désireur "en soi".  (A l'époque du Titien des miroirs suffisamment grands étaient-ils disponibles pour rendre aussi fidèlement et d'aussi prés, la scène de son Olympia? Au fond, peu importe ici la technologie. Les miroirs existaient. Certains étaient de taille honorable. Titien aurait pu rêver d'un miroir suffisamment grand. Comme on pouvait rêver d'une architecture idéale, et la disposer pour le fond d'une œuvre ou même en faire le sujet principal....).

 

C'est en lisant le commentaire de Sollers que le déclic est venu. Et surtout son appel à "pénétrer" l'Olympia de Manet. (l'Olympia de Manet 1)

 

Cette Olympia là, pose sa main comme si elle avait installé un verrou. La main n'est pas "posée". Elle est littéralement plaquée. Avec de la force et de la vigueur. Comme justement pour  opposer cette fermeture à toute idée de pénétration. M'est venue brutalement cette pensée que la main posée par Manet qui s'oppose aux regards des "désireurs", complètement opposée à la main posée par Titien qui lesappelle, n'est pas seulement une gifle donnée aux "désireurs".  C'est une des énonciations théoriques fortes de l'empire de l'objet dans la pensée et donc dans l'art. C'est un manifeste, plus encore que  le "déjeuner sur l'herbe". Comme un peu plus tard, sera un manifeste le portrait de madame Cézanne...(voir Cézanne au Luxembourg)

 

Mieux que la peinture de tous les objets, (Chardin a fait des pommes quand même! Et bien avant Cézanne!) et que la peinture d'un sujet au sens figuré et littéral du terme. Mieux encore que la peinture d'un beau sujet qui a derrière lui pour référence, modèle et justification, un très beau sujet (l'Olympia) peint par un peintre de renom (Titien) et surtout en matière de peinture de sujets; l'Olympia de Manet a été un trait de génie pour annoncer une révolution.  Celle de l'empire de l'objet et de l'effacement du sujet.

 

Les hurlements qui ont accompagné l'Olympia de Manet sont à la mesure non pas d'une haine esthétique mais de la mise en évidence que les sujets ne sont plus rien que des objets et qu'une femme fût-elle belle et offerte aux désirs, n'est plus pour un peintre qu'un objet soumis à son investigation. Au même titre que le Travail aura été débarrassé par les économistes classiques de sa dimension sociale et morale, au même titre que les sciences se seront attribué le droit de se saisir de tout et de tout penser, y compris les religions, au même titre que le vérisme l'emportera dans la musique puis l'usage de la matière sonore par opposition à la phrase musicale.

 

La main de l'Olympia de Manet dit tout.

 

Manet aura posé par cette main gauche que l'objet, seul, importe et que les  choses, les êtres et les paysages sont des objets soumis à l'artiste pour qu'il énonce une vision du monde et contribue, dans son domaine, à le faire émerger, comme le font dans leurs domaines,  le musicien, le philosophe, le scientifique. 

 

L'Olympia de Manet claque la porte du sujet et ouvre celle de l'objet. Presque au même moment, Courbet, peint l' "Origine du monde". Intimant aux "désireurs" de ne plus se voiler la face et de ne plus perdre de temps dans la contemplation du sujet et en commentaires sur la finesse du peintre et la hardiesse de son sujet. Les appelant à désirer directement, l'Olympia de Titien, il peint un objet, parmi les autres: l'objet concret, réel et véridique du désir. Et rien que lui. Sans affèteries, sans mignardises, sans finesses spirituelles.

 

En se retirant, la main gauche d'Olympia, dévoile un objet pur . 

 

 

 

 

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