Gérard Garouste: Zeugma. Diane et Actéon

Musée de la Chasse

62, rue des Archives

75003 Paris

Jusqu’au 1er juillet

Zeugma. Diane et Actéon

 

 

Étonnant Garouste,

Diane et Acteon… voici le sujet imposé à l’artiste par le Musée de la Chasse.

Le donneur d’ordre est logique avec lui-même, il est « muse » de la chasse, Diane et Acteon sont « la chasse ». Dans les diverses salles du musée, accrochées au mur, quelques tableaux renvoient à la mythologie et aux chasseurs héroïques. Aux chasseurs qui toujours s’arrogent le droit de prendre à la nature ce qui appartient à son « héroïsme » pur, le gibier noble, le sanglier et le cerf. Pour trois mois, tout un espace d’exposition est réservé à un artiste pour parler d’un chasseur et de ses malheurs.

 

Actéon est donc un chasseur. Il a poursuivi le cerf dans la forêt. Il s’égare ? Sans s’en rendre compte, il surprend Artémis-Diane dans son bain entourée de ses servantes. Or, on ne peut pas voir la Déesse. Jetant de l’eau à l’insolent, elle le transforme en Cerf. Actéon meurt dévoré par ses propres chiens. Chacun sait qu’il ne fait pas bon de se trouver dans les parages immédiats de la célèbre déesse. Son caractère est irritable et nombre de malheureux, Dieux ou Héros s’en sont mal portés.

 

Etonnant Garouste qui se saisit d’une histoire étonnante pour la faire parler à nos oreilles depuis longtemps sourdes à l’esprit grec et pour la faire venir à nos yeux aveugles à ses visions. Qu’en fait-il ? Comprenons-nous vraiment que le pauvre actéon va passer par tous les états de la nature avant que d’aboutir à celui de cerf ? Pour sa perte, lui, le chasseur ultime rattrapé et dissout dans sa proie essentielle. Pour sa perte : Diane-Artémis, la prude, vierge farouche, éclatante de beauté lui est-elle l’ultime et parfaite tentatrice, la proie dont on ne peut pas rêver impunément, sauf à défier les dieux et à être brisé sous leur courroux. La proie qu’on ne peut pas même voir en rêve.

 

Garrouste n’a pas intitulé cette exposition, simplement « Diane et Actéon » mais « Zeugma, Diane et Actéon ». Bien souvent les titres d’exposition ne sont là que parce qu’il faut bien orienter la foule des regardeurs, leur annoncer qu’il y a quelque chose à voir et donner un nom, un titre, une référence, commode à retrouver sur un plan, dans un site ou ailleurs. Un titre « accrocheur » comme on dit … mais que vient faire Zeugma dans cette affaire. Il est vrai que le mot étonne et interpelle. Pas très joli, selon les principes de l’euphonie à la française.

 

C’est pourtant le titre de l’exposition et son premier mot. Il n’est pas là par hasard. Il a été voulu par l’artiste. Le mot est ponctué d’un point final. Il n’introduit donc pas aux deux personnages. Il leur est juxtaposé. Il est suffisamment étonnant pour qu’on puisse considérer qu’il fait partie de l’œuvre, soit qu’il l’explicite, soit au contraire qu’il incite le regardeur à ne pas se contenter de regarder mais l’appelle à lire. Lire quoi ? Lire le titre, lire les œuvres qui sont rassemblés dans l’exposition, lire leur rassemblement ou les lire les uns après les autres, sachant que rien n’est écrit…

 

Zeugma, en grec c’est le « lien, le pont »…. Mais c’est aussi en rhétorique un procédé qui permet de lier dans la phrase, des sens qui n’ont pas de rapport. Alors, de quoi parle, Garouste ? Et, incidemment est-il vraiment important de savoir de quoi il parle puisqu’il peint, il fait des images. Ces images ne sont pas des lettres, ni des idéogrammes, ni des symboles… En fait, Garouste jouerait avec les regardeurs, sollicitant leurs têtes malgré leur absence de connaissances au lieu de leurs yeux accrochés aux références de l’art.

Car Garouste est un peintre compliqué. Peintre qui, comme Chagall, tient à raconter des histoires, piochées dans les fonds éternels de la mémoire humaine. Peintre qui, comme Dali et quelques surréalistes aime à surprendre la logique au tournant et à lui imposer qu’elle vide son sac dans le désordre. Créateur, qui en appelle aux formes étranges que Picasso a souvent conçues pour représenter la femme. Humaniste avec un sens « baconien » de la déformation des êtres et des bêtes, afin de les faire plus proches de leur vérité.

On aimera dire que certains élancements d’images et de corps sont bien près du Greco …

Garrouste n’est pas tous ces peintres réunis, il est de la veine des peintres qui veulent montrer au risque de déplaire, parce que toute vérité, bonne à dire, n’est pas forcément gracieuse à regarder; il est fils,  successeur, disciple des grands peintres de cette école de peinture-là .

 

 

Actéon est-il le Zeugme d’Artémis, une fausse logique commune, celle du chasseur que le peintre imposerait pour mieux illustrer l’illusion. La déesse de la forêt, chasseuse d’exception, est une déesse sublime de beauté. La chasse est une cérémonie pour celle qui est protectrice des habitants de la forêt et de tous ceux qui s’y perdent. Actéon, perdu dans la forêt n’est qu’un chasseur remarqué, c’est-à-dire, un tueur accompagné de ses tueurs. Cela est terriblement dit dans ce tableau où Actéon se mélange à son chien. Le regard d’Actéon est un pur Zeugme, rassemblant le sens suprême qu'est la déesse et l’insensé qui l'oublie.

 

Mais aussi, le zeugme, (en grec : « le pont, le lien »), n’est-il pas un stratagème de Garouste, qui associe, crée un pont, un lien, entre la figure lisse et lumineuse de la déesse et les traits déchiquetés, explosés, tordus d’Actéon. Face à la face de la déesse, Actéon est voué à se défaire et l’artiste, nous raconte en plusieurs scènes cette dissolution de l’Homme, du grand chasseur en sa proie. La déesse détient les clefs de l’homme et peut le renvoyer à sa réalité : une proie pour les dieux.

 

Le tout est dit à grands coups de couleurs. Violentes et fortes au service de formes torturées dont on a dit les multiples liens (zeugme) avec les discours des très grands artistes. Compositions complexes, opposition entre la chair blanche, laiteuse et irisée de la déesse et les formes, et la peau, en voie de dissolution et de recomposition bestiale d’Actéon. Eau bleue dur qui la sépare du héros et dans laquelle elle se baigne, bleu du ciel, doux et serein.

 

 

Quels Zeugme entre Garrouste et son sujet ? 

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