Jean-François Joly: Terres d'exil

Terres d’exil

 

J’ai présenté le dernier accrochage de la Maison Européenne de la Photographie comme un évènement d’une très grande qualité. Trois photographes venus du photo-journalisme y ont la vedette, à raison ! Ce sont trois expériences d’une qualité artistique et humaine hors pair. Trois Français ce qui n’est pas pour me déplaire. Il serait temps que les talents soient enfin reconnus dans ce beau pays.

 

Jean-François Joly est le premier des trois auquel je consacre une chronique. Il y a peut-être là une réaction contre un accrochage que je n’avais pas aimé, c’est le moins qu’on puisse écrire : Mathieu Pernot au Jeu de Paume qui s’était adonné à la représentation (en très grands formats) de réfugiés afgans et de gitans faisant brûler leurs caravanes. (Très beau feu de joie).

 

Jean-François Lory a choisi de photographier des Gitans, des Bohémiens ou des Romanichels comme vous voudrez les nommer. Par opposition à Monsieur Pernot, il n’a pas cantonné ses investigations au sud de la France. Il est allé à la rencontre d’un peuple dans la diversité de ses implantations, en Roumanie, en France, en Macédoine, en Albanie…

 

Ce ne sont pas des photos de mise en scène à grand spectacle. Ce ne sont pas non plus des photos « grand format » qu’on pourrait accrocher au-dessus du canapé dans le salon ou au-dessus du lit dans la suite parentale. Ce sont des photos d’hommes et de femmes qui n’ont pas besoin de dire quoi que ce soit, l’image suffit. Ils ne sont pas en « représentation » comme pour les portraits de l’excellent Keita. Il ne s’agit pas non plus de « gens symboliques » de leurs métiers ou de leur état social comme dans les photos de Sanders. On ne sent pas davantage de poses artificielles, pesées et travaillées pour leur donner un sens qui leur échapperait comme dans les magnifiques photos de Dorothea Lange.

 

Ces photos sont « brutes » au sens où le sens est à trouver à fleur de peau et à la surface des vêtements. Le talent du photographe est bien là pour raconter ce qui est à voir et qu’il impose aux regardeurs. « Terres d’exil » représente toute une série de « non-lieux ». Où que les photos aient été prises, les paysages, les huttes ou cabanes ou maisons en loques comme leurs occupants, se ressemblent. Les sujets aussi qu’ils soient à Ris-orangis ou en Roumanie. Se ressemblent des visages noircis de crasse et fermés, d’où qu’ils viennent et quels que soient leurs âges.  Les « sujets » ne posent pas, ils se tiennent parfois face au photographe, comme ils peuvent, droits ou assis ou même couchés. Pas de sourire, même enfantins, mais des mines ou sombres, ou étonnées, surprises, ou neutres pour justement n’avoir rien à dire.

 

Parmi toutes ces photos, celles qui m’ont le plus impressionné : en Roumanie, un homme (Mikhi), sa fille (Christina) et son mari (Vitan). Au Kosovo, un enfant qui se dresse dans un pantalon qui fut blanc ou beige, crasse et indifférence. Beaucoup d’autres sont saisissantes.

 

 

A voir absolument, comme tout l’accrochage. 

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