Panorama, une exposition à Beaubourg 2

Méditation critique sur l’exposition Panorama Gerhard Richter à Beaubourg.

 

 

 

 

 

2 Pourquoi, il ne faut pas aller à Beaubourg, voir Richter.

 

 


Bon, on y va.

 

GR est un artiste complet.

 

C’est aussi un défenseur de l’art européen contre les violences américaines. C’est pourquoi il ne faut pas se laisser aller à penser que son art est sans idée. Première manifestation de ce combat contre l’ennemi américain : le format. La peinture américaine, comme sa gastronomie est marquée par le XXL. Le tableau, la poupée, la photo, l’installation sont à l’image de Gratte-ciel, grands, larges, longs, hauts, profonds. Au diable les peintures confettis de l’Europe vieillissante. Des formats  à l’image de la trésorerie des multinationales, des bombardiers géants et de la puissance de calcul des ordinateurs. GR, lui aussi s’est emparé du format. Et il l’a fait grand.  Pas de raison de laisser ça aux

américains.

 

Peindre de la photo floutée en grands formats ?


C’est là le coup de Génie de GR : il fallait transposer du petit, à la condition de le faire grand. Ne pas s’encombrer de thèmes, de photos prises avec l’intention d’en prendre. Il fallait prendre des photos de première nécessité, celles qui se prennent toutes seules. Parce qu’il y a à produire de l’image. Des photos qui pourraient être prises sans photographe derrière l’appareil. Comme celles qu’on voit dans les caméras de surveillance. Ou bien, pire encore, des photos d’amateurs. Rien, quoi ! Et les agrandir. Le faire avec une technique imparable. Reporter une image sur une toile en l’agrandissant, on sait le faire depuis la nuit des temps. Donc, facile. GR, l’a fait. Mais comme il est prudent et qu’il ne faut pas que les gens viennent protester parce qu’on leur a volé leur image, alors il les floute. Un coup de brosse avec un peu de peinture grise et le tour est joué… Comme disent les critiques « il oblitère » et réduit la distance entre photo et peinture…cela donne de très grandes toiles recouvertes de photos, copiées et floutées, en noir et blanc.

 

Mais aussi, en couleur. En couleur, le « nu descendant un escalier ». Flouté. Bien flouté. Mais on voit quand même que ce n’est pas un nu mais une nue qui descend. Par opposition à Duchamp qui semblerait être une référence : on ne peut pas dire si c’est un nu ou une nue qui descendent.  La photo, nous dit-on, de la femme de GR, n’était pas initialement floue. Elle a été agrandie et floutée. Et ainsi de suite. Pourtant, pour des raisons difficiles à comprendre, certaines photos ne sont pas floutées. Ainsi des photos de nuages. Très beaux nuages. Avec de vraies formes de nuage. Dans le ciel bleu. Et tout, quoi ! Il serait juste de dire qu’un nuage, à l’opposé d’un cube ou d’une chaise, n’a pas de contours trop précis. C’est un objet flou par nature. Alors, est-il opportun de le flouter? GR a pensé que « trop de Flouté, tue le flou ». C’est son côté scientifique. Le côté « richtig ».

 

On rencontre aussi la peinture. Pure.

 

Au-delà de la transposition de photo en peinture, la peinture, et elle seule, ayant pour elle sa seule justification. Il faut la regarder en particulier lorsqu’elle est réaliste. A cette occasion, les commentaires apposés à côté des œuvres prennent des allures grandioses soulignant à quel point les œuvres le sont. Voilà donc que GR a eu l’idée de peindre des villes. En sont exposés quelques exemplaires. La notice "explicative" nous explique tout. Le processus qu’il utilise est tout simplement confondant : « il offre(le processus) une étonnante expérience visuelle au spectateur : en s’éloignant de la toile, on peut distinguer l’image d’une ville, mais à mesure que l’on s’en approche, elle se désintègre en une multitude de composantes ». C’est fou ! GR arrive et hop ! une expérience visuelle étonnante ! On finirait par croire que Monet a suivi ses conseils. On regarde les Nymphéas, on voit un pont japonais, on s’approche, on voit une multitude de composantes ! Il avait piqué l’idée à GR ! On est dans un monde quantique. On va et vient dans le temps. GR, c’est un homme de notre temps.

 

Mais GR va encore plus loin. La peinture en couleur, est fondée sur des couleurs. Alors, voilà un nuancier érigé en œuvre d’art. Un nuancier colossal. Evidemment ! À couper le souffle. Allez donc prétendre qu’un nuancier n’est qu’un vulgaire instrument de travail ! Et ce n’est pas tout avec la couleur: elle se répand. Cela  nous vaut deux types de peintures. La peinture abstraite. Rien que du gigantesque, du vrai abstrait. Des coups de planche en bois recouverte de peinture, un peu de balai et beaucoup de couleurs. On ne peut pas lui reprocher. Beaucoup de peintures abstraites sont comme ça. Il avait dû voir des œuvres de Wools. L'abstrait, c'est peut-être pour se reposer, faire des choses automatiques, laisser aller la main, le bras et penser à autre chose. L'autre chose ne serait-ce pas le réalisme?


La peinture n’est pas morte. GR et le réalisme.


C’est alors que l’artiste donne un grand coup de volant.  Son art fait un gigantesque tête à queue. Comme s’il  entendait se repentir, GR s’adonne alors à la peinture classique. Pas des grandes machines « pompiers ». De l’intimisme. Quand il parle de la famille qu’il a fondée, il met de la belle couleur chaude et chaleureuse, qui n’est pas posée au hasard d’un coup de planche. Quand il parle de sa famille où il est né, du gris. Pas du feldgrau. Du gris. Les scènes intimistes sont aussi l’occasion de retrouver les fondamentaux et les grands ancêtres.  

 

Il faut dire un mot sur sa bougie. Fantastique bougie tout droit sortie d’un détail de Chardin ou peut-être de Fantin-Latour, une bougie de peinture si réaliste qu’on a envie de souffler dessus pour l’éteindre. Et la liseuse ? Vermeer, cette fois! Les valeurs spirituelles dures et solides du protestantisme et du jansénisme ? En vrai, GR est un pictorialiste honteux.

 

Alors il veut nous faire croire que la peinture n’est pas morte, y compris la peinture des temps anciens : il en vient même à repenser les classiques. Il y a chez tous les peintres modernes un syndrome « Chirico ». Angoissés devant le "rien" qu’ils pensent avoir peint, ils se mettent comme des fous à vouloir peindre du "vrai" . C’est ainsi, que GR nous fait la liseuse, la bougie, la Betty, la « Betty se retournant », mais aussi, et là on confine le sublime, il revisite la peinture française "sur le motif" et cela donne " la campagne à Chinon". On dira qu’on a les Montagne Sainte Victoire qu’on peut. Il s’agit d’un indescriptible tableau gigantesque, une vue de la campagne à proximité de Chinon. Et cela donne un Théodore Rousseau… flouté.

 

Alors, que faut-il penser de cet Allemand qui ne peint pas tout en peignant, qui ne veut pas perturber le réel mais qui le floute en permanence, qui donne dans les pires poncifs de la représentation réaliste et les plus traditionnelles grandes peintures abstraites où le pollockisme s’érige en radotage ?

 

Je ne le trouve pas grand.

 

Ce n’est pas parce qu’il est Allemand (voir mes autres critiques sur les Allemands). C’est parce qu’il n’y aucun souffle là-dedans. Je pense que GR est surtout un grand fabricant d’images artistiques. Il n’a rien inventé. Son rapport entre peinture et photo est aussi vieux que la naissance de la photo. Lorsqu’il photographie la mer pour la reproduire en peinture on ne voit qu’une seule chose: Courbet qui a peint la vague après que la vague eût été dûment photographiée.

En tant que producteur d’image, c’est un grand reproducteur. Et son talent est là. C’est là aussi ce qui en fait une valeur solide à la bourse mondiale des valeurs de l’art. Il produit de l’art identifiable, de la rupture figée et annonce clairement qu’il n’y aura pas de vision.

C’est plus prudent en effet: sa cote pourrait baisser.  

 

Le premier volet de cette méditation est "Panorama, une exposition à Beaubourg 1", le troisiéme: Panorama 3

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