Steve Mac Curry au musée Maillol

Exposition de photos de Mac Curry au musée Maillol

Exceptionnelle. A voir et revoir.

 

Pour préparer cette chronique, je me suis un peu promené au milieu de quelques critiques. Je n’ai pas été déçu. « Le show raté de Steve McCurry au Musée Maillol ». Le journal des Arts s’est voulu disruptif et redresseur de talents. On nous y explique que cette exposition n’évoque pas le making of des photos, sans compter l’absurde présentation, sans compter que le photographe agissait sur commande etc . En d’autres termes abstenez-vous, c’est nul !

 

Heureusement, je n’avais pas lu la critique avant d’aller voir l’exposition ! Pour un peu, confiant dans les sachants (en l’espèce une sachante) je me serais abstenu !

 

En exergue de ma chronique, je me plairai à répéter toute ma conviction que la vraie compréhension d’une œuvre d’art ne réside en aucune façon dans la vie de son auteur et encore moins dans l’idée que les critiques se font d’un making of fantasmé ou bourré de contre-sens.

 

Une œuvre d’art, je le martèle, je le répète et je m’y tiens contre vents et marées, lorsqu’elle est exceptionnelle, n’a pas besoin d’auteur. Elle n’appartient pas à un temps, un moment, une digestion d’artiste plus ou moins brouillée, une peine d’amour ou une vie pleine de fric. Elle n’appartient pas au monde du « beau » dont on sait qu’il n’est pas autre chose qu’une habitude dont on s'est satisfait. Elle appartient à un miracle. Une œuvre exceptionnelle vient sans qu’on l’ait attendu, elle s’exprime en dépit de tout ce qu’on pensait savoir. L’auteur, n’y est que l’instrument du miracle. Il ne savait sûrement pas qu’il allait faire venir à la vue de tous, quelque chose, son, couleur, forme, qu’il n’avait jamais vue, entendue ou connue.

 

Donc, peu importe que Mac Curry ait été un membre de magnum, qu’il ait été un photographe stipendié par des donneurs d’ordre friqués etc. On dira simplement que si tous les photographes répondant à ces critères malséants avait fait œuvre de génie, on le saurait. Dommage, pour le Journal des Arts, ses commentaires baveux reflètent la demande de ses lecteurs. (Mais il faut de tout pour faire un monde et le fric qui va avec).

 

 

 

 

Revenons à Mac Curry. S’il fallait une démonstration et une illustration de ce que le beau mot d’Homme signifie, contient et propose, on la trouve avec ce photographe américain. Oublions un instant l’usage trop intensif de la merveilleuse photo de la jeune afghane aux yeux verts. Ou bien, gardons-la en tête, en tant que, justement, programme qui se révèle, pierre qui fonde une action, image dans laquelle on pourrait dire que se génèrent et se reflètent toutes les images d’hommes et de femmes que Mac Curry va donner à voir.

 

Plutôt que de répéter à satiété que c’est une belle photo, il faudrait retenir que Mac Curry a révélé un regard. Ce qui est passionnant dans cette photo n’est pas le charme des couleurs ou le vert des yeux qui viennent chanter avec le vieux rose du vêtement. Ce qui vaut dans cette photo n’est pas sa joliesse, au moins, et sa beauté, au pire : c’est un regard qui trouble, dérange et accuse tout regardeur qui sait regarder et qui ne recherche pas le petit charme qui vient chatouiller la rétine ou la petite histoire qu’on pourrait lire dans un cartouche de l’exposition. De même que frappe dans la photo de la jeune afghane l’intensité du regard, c’est-à-dire le rapport inversé entre le regardeur et la « regardée » : c’est son regard qui agit et renvoie le regardeur à lui-même, au regard qu’il devrait porter sur lui-même. L’invention de Mac Curry est bien là : le regardeur est invité à davantage se regarder que de regarder.

 

Cette mise en lumière des regards dépasse complètement le contexte. Autour du regard qui jaillit de l’image, Mac Curry agence des vêtements, des couvre-chefs, des burkas. Viennent alors tous les regards de l’humanité, fureur affectée du combattant, sourire tout de gaieté contenue, jusqu’au regard handicapé que des lunettes ne corrigent qu’à demi, au regard du vieux sage en barbe jaune et enfin, jusqu’au regard fixe et dangereux du singe qui s’inscrit logiquement dans cette suite de regards humains et qui ne les dépare pas.

 

Mais, Mac curry n’est pas seulement un découvreur de regards : c’est un montreur de mondes. Dans cette « mission » il déploie tous les talents du metteur en scène, de la mise en page, de l’harmonie des couleurs et du choc des situations. Etonnante cette image d’une femme en rouge seule sur le fond ocre d’une architecture impossible, surprenante et magnifiquement offerte, la démarche d’une silhouette sur une spirale verte qui rythme une colline. Le photographe fait émerger des images qui auraient pu être rêvées pour les unes : corps vert sur fond de foule rouge, burka jaune sur fonds de burkas bleues, femmes en rouge luttant contre un vent de sable.

 

Et puis, il y a cette fuite d’un garnement dans les rues d’une ville comme on en trouve un peu partout . il met en mouvement les images et tourne le dos aux regardeurs.

Découvreur de fin du monde aussi. Chameaux qui se découpent sur un fonds de pétrole en flamme, ett surréaliste photo du transport d’une machine à coudre au travers d’une rivière boueuse.

 

 

 

Cette très belle exposition mérite qu’on y revienne. 

 

Enfin un livre simple et souvent drôle sur un sujet que de nombreux sachants s'acharnent à rendre compliqué et ennuyeux

 

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