Thierry Breton, sculpteur céramiste

 

Thierry Breton

Exposition « portraits de bouche »

Galerie 28,

28 rue Pétrelle, 75009 jusqu’au 15 janvier 2013.

 

Portraits de bouche ? Une exposition affublée d’un pareil titre annonce ou bien les lévres de Mae West en réédition sous plusieurs angles ou une tablée d’employés de Banque pendant leurs « heures de bouche ». Ils auraient acceptés qu’on les portraiturât en un moment sensible de leur emploi du temps ! Ou bien, la proximité d’un restaurant de bonne renommée aurait conduit à opter pour un titre évocateur et de l’art (portrait) et de la gastronomie (bouche).


Ce n’est pas un univers si terrible que ça. Thierry Breton, sculpteur-céramiste y offre à voir des choses comestibles essentiellement. Des poissons, des légumes, des fruits, des cucurbitacées et même des pattes de poulet ou des museaux de lapin désossés ! Ses œuvres ont des noms. Il est bien connu que cela peut faire la différence. Ici, il n’y a ni « sans titre 1980 » ou « série 2 Ab 12 C » ! Mais les œuvres ne ressemblent pas nécessairement à leurs noms. Dans un certain nombre de cas, la représentation du vivant a fait acte de résistance : la noix est un vrai cerneau de noix avec tout ce qu’il comporte d’étrange. Ouvrant par force ou avec délicatesse une noix, pour en extraire le cerneau, n’avez-vous jamais pensé à une cervelle en miniature ? Cerneau, cervelle, cerveau ! Ici Thierry Breton offre à ce moment étrange, le cerneau libéré de sa coque, la chance d’une vie hors norme : il l’a fait gigantesque, lui conférant le statut soit d’une chose qui émerge, soit d’un univers qui se révèle. La matière m’a-t-il dit est rassurante et le glacis qui recouvre la terre cuite autoriserait une sorte de distance entre l’œuvre et son regardeur. Celui-ci ne serait pas mis en prise directe avec les œuvres. Il pourrait conserver son statut d’observateur s’il y tenait.


Il est vrai que Thierry, démiurge ou créateur, est fascinant lorsqu’il parle de ses œuvres. Il est caressant. Ce n’est pas un mot lancé au hasard. Thierry caresse ses œuvres comme on pourrait caresser un animal domestique, ou un fauve à dompter, ou un cauchemar qu’il faut refréner. Il les caresse au plein sens du terme. Est-ce une indication ? Est-ce à dire qu’il requiert non pas seulement des regards mais aussi, un rapport tactile, sensuel avec ses sculptures. Comme s’il voulait que nous comprenions que sous la glaçure, qui protège, il y a autre chose … qui vit.


Les choses qui viennent sous sa main, ne sont pas des objets purs. Ni des mystères qu’il ferait émerger sous les yeux des regardeurs à la fois pour les effrayer et pour les faire réfléchir. A le voir parler à ses œuvres, à l’écouter commenter leurs couleurs, les coulures aussi dont elles sont recouvertes et à imaginer avec lui ses surprises et ses étonnements, on imagine qu’au-delà du geste qui modèle, elles sont venues parfois sans qu’il s’y attendît. La glaçure est du ressort de l’alchimie et de la cuisine. Thierry me l’a dit : il a ses recettes. L’émail n’est pas une technique facile, c’est une chimie, c’est une combinaison complexe de facteurs, c’est une couleur qui émergera grâce à un filet d’air frais, c’est une intention de jaune qui dérivera turquoise, mais aussi un désir de blanc opalescent, qui émergera, en subtiles dégradés crème puis vanille pour terminer en menthe fraîche. Du hasard donc ? Lorsque je lui ai posé la question, lorsque, interloqué devant cette incroyable indépendance de la matière, je lui ai fait valoir que c’était un bien difficile métier que celui qui consiste à manier les ingrédients de l’émail, sa réponse a été très claire. Cette chimie ou cette cuisine, ces  recettes et ces formules, sont ses armes, ses moyens d’action, ses certitudes. Il est surpris parfois, comme peut-être surpris le dompteur dans la carrière. Pas si souvent, assure-t-il, en caressant, le cerneau de noix monumental qu’il a installé au beau milieu de l’exposition.


Tous les travaux présentés dans cette exposition ne sont pas de purs sujets naturels. Et puis, même s’ils l’étaient, Thierry s’acharne à nous désorienter. Il y a bien une crevette dont la représentation est macroscopique, une crevette XXXL, dont il a décidé, ( à raison de la taille ?) qu’elle ne se nommerait pas « crevette », ni « grande crevette » ou n’importe quoi d’autre sur le thème de la crevette. Il l’a voulue « Joconde » ! Les pattes de poulet sont des mains en prière, les légumes, sont autant d’invocation de la Grèce antique, « embarquement pour Cythère », « Achille et Patrocle ». Jeux de mots, sous-entendus, jeux de formes aussi où le surdimensionnement est un point d’appui pour le rêve.


On ne serait pas dans une exposition animalière ? Thierry Breton, sous prétexte de communion avec la nature nous offrirait une nature sous condition ? Dans le droit fil de la création pure, il dirait que ce qu’il prend à la nature, il le rend après l’avoir renommé. Restitué à elle-même ? Ou plus simplement : à nous ! C’est ainsi que les portraits de daurade, de poisson sabre et de mulet, nous plonge en mer profonde. "Portrait de rascasse décharnée", parmi les œuvres qui ne sont pas émaillées, est livrée brute et abrupte, taillée dans la terre, sans délicatesse de glaçure.  Il nous les rend proche, à nous qui oublions insensiblement qui ils sont.


Thierry Breton évolue dans la réalité la plus stricte et les rêveries tirées de glaçures incertaines... Il n’y a pas chimères dans son œuvre, le vivant est suffisamment riche et surprenant pour qu’il ne soit pas nécessaire d’ajouter un zest d’épouvante et une once de surnaturel. Mais il faut peut-être le dire à l’artiste : les glaçures ne créent pas une séparation aimable entre l’œuvre et ses regardeurs ! Elles sont un appel à ces derniers. Elles lui disent de venir plus prés des couleurs et d'éprouver leur douceur. On peut connaître les formes par le toucher. Le regard alors ne serait là que pour ajouter un plaisir, pas pour connaître l’essentiel.


Pour mieux connaître Thierry, ses expositions, ses mérites, son CV etc : http://thierrybreton.blogspot.fr/

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