William Klein à la Maison Européenne de la Photo

WILLIAM KLEIN

ROME+KLEIN Photographies 1956-1960 (Exposition à la maison Européenne de la Photographie. 5-7 Rue de Fourcy. 75004 Paris. Jusqu’au 8 janvier)


L’histoire, nous préviennent les quelques feuillets de présentation, est la suivante : étant donné un jeune photographe talentueux, (William Klein), étant donné un réalisateur dont le talent explose (Federico Fellini), étant donné que le second a invité le premier à être Assistant-réalisateur, mais aussi, étant donné que le film a du retard…. Alors, le photographe talentueux a la chance de pouvoir se promener, à l’aventure dans Rome …. Et d’en faire des photos.


Deux choses dans cette exposition.

Le talent de Klein

Et celui de la Ville éternelle.

 

J’ai visité cette exposition deux fois de suite. La première, m’a exaspéré. J’y ai trouvé trop de poncifs. Trop de cette Italie de l’après-guerre. Pas encore remise. Italie pauvre. Même à Rome, on ne pouvait pas faire riche. Italie machiste des « officiers » qui se promènent comme à la parade, l’air altier et le regard lointain. Comme tous les hommes finalement. Les femmes ont toutes abusé de la pizza et des spaghettis. Depuis leur plus tendre enfance. Ceci n’est-il pas du photojournalisme pur et dur ? Un documentaire. Avec ce défaut, des tirages récents en format agrandis : ce n’est pas parce que la sensibilité d’un film argentique autorise de retirage gigantesque que les photos en deviennent plus belles ou intéressantes .Manifestement, le format des photos de cette exposition ne convient pas.


Les scooters : ces étranges machines à transporter de lourdes italiennes assises en Amazone. Les petits commerces dans des rues aux murs écorchés, aux affiches qui pendent. Les ruines du forum : encore plus en ruine que de nos jours. Les marchés de Trajan : dans leur « jus ». Ça et là, des photos d’une Rome venue droit d’un passé proche et qui fait penser à Naples !


C’est un peu dur ? Ce serait oublier que Klein photographiait à la fin des années Cinquante (du siècle dernier, cela va de soi !) ; le miracle italien n’avait pas encore frappé ; la pauvreté installée depuis la grande crise, n’avait pas encore été éradiquée. Rome était encore sale. En hiver, les femmes ne sortaient pas encore leurs visons….c’est pourquoi, pris d’un doute, j’y suis revenu. N’étais-je pas trop dur, excessif voire même injuste ? Il ne m’avait rien fait, ce type. Méritait-il un a priori aussi négatif ? Avais-je compris que c’était un jeune américain, plein de talent. Un homme qui « avait photographié New York comme personne avant » ?


J’ai vu d’autres choses. Des photos qui suivent bien la ville, qui la sentent et la mettent à portée de main,  ville romaine et  ville baroque. Klein restitue ces deux villes, leur expression, par de là la crasse. Ville animée des jeux d’enfants à deux pas des jeux du cirque, par les scooters qui pétaradent en véhiculant des familles entières. Visages fermés des passants. On ne se montre pas encore. Quand on se sent photographié, on prend la pose, comme chez le photographe. Les mannequins modèles ne sourient pas au contraire des enfants qui ne savent jamais se tenir, rient et font les clowns. Le paysage urbain est dur, crépi qui se fissure, palais baroque envahis par une populace.


Les gens et les maisons, les personnages et les palais, une fille ravissante à la plage, un mannequin « sophistiqué et glacé » à coté d’une pierre tombale. Klein a saisi des instants, pas le naturel. Ses meilleures photos dans la rue et dans les palais ? Là où il y a des mannequins et des figurants. Quand il n’a pas « calculé » son shoot, le naturel, n’est quand même pas là ! Pourtant on voit bien qu’il s’efforce de saisir une expression au vol. Un mur qui fait pouilleux. Une affiche qui renvoie aux essais surréalistes. Il y a aussi de belles compositions. Au fait, peut-être Klein, habitué à New-York, peut-être même habitué de « little italy », a-t-il sans le vouloir, retrouvé à Rome ce qu’il y avait d’américain dans la ville Italienne. Et aussi ce qui ne pouvait que frapper un jeune américain.


Il y a quelques moments ironiques ou parfaitement académiques ! Est-ce du brio ou de la mise en scène. Est-ce l’assistant-réalisateur qui est à l’œuvre ? Une photo détonne sur un ensemble souvent convenu : Le gardien, à Cinecitta. Lourd et adipeux. Affalé plus qu’assis. A son coté droit, une copie de statue gréco-romaine, des lutteurs. Leurs corps entremêlés montrent de jeunes hommes dans toute la vigueur d’une jeunesse qui explose. Et devant ces lutteurs qui appartiennent à la Rome invincible des temps jadis, il y a le symbole de la modernité de Rome, toujours debout : un scooter qui attend !

Il y a le talent de Klein.  Mais surtout le talent de Rome, qui vient de la nuit des temps.


Pascal Ordonneau, le 17 décembre 2011

 

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