Un garçon sans séduction

de Christophe Mouton.

Roman paru chez Juillard, 

 

(quelques citations sont présentées dans le "Dictionnaire des citations".)

 

 

Il n’est pas habituel que je me lance dans des critiques littéraires. On ne peut pas tout faire et puis, je trouve que c’est plus compliqué que la critique photo et encore plus compliqué que la critique de livres économiques.


J’ai décidé de faire une exception parce que le bouquin que je vais commenter est très bon. Il est différent. Il est très jeune. A la Française.

L’auteur, Christophe Mouton est jeune. C’est un fait. Il a écrit ce livre après quelques années de pénitence : un ou deux bouquins écrits pas publiés. Il s’accroche. Il en veut. Il le veut. Et voilà un premier livre. Coup de génie, de chance ou du cul tout simplement, pour premier livre, il écrit un livre programmatique.


C’est en ce sens que ce bouquin est différent.

« Elle m’avait souvent demandé de la séduire. J’ai toujours refusé, elle n’avait qu’à se débrouiller pour trouver en moi ce qu’il y avait d’aimable. (P12) »

Ce n’est pas autre chose qu’un livre sur la « Séduction ». Pas un traité, il est trop court ! Un manuel. Tous les vingt-cinq ans, le temps d’une génération, un livre sur la séduction est livré au public. Ceci n’implique pas que les relations hommes-femmes (pour rester général) changent du tout au tout et qu’il faut tout réapprendre. Il se trouve que la séduction est un processus culturel et, à ce titre, sujet à modification comme tout mode social et culturel. Le livre de Christophe Mouton ne revisite pas les anciens manuels : il dresse, comme si personne n’avait écrit là-dessus avant lui, un état de la question, tout en en soulignant l’urgence.


Ce n’est donc pas une histoire de séduction. D’ailleurs cela partirait mal puisque dès la première page, Christophe Mouton nous informe que son héros vient d’être plaqué par sa « copine », « petite-amie », « coloc » (comme vous voudrez, cela n’a pas d’importance). L’intérêt de cette situation est de camper le manuel sur du vécu et d’éviter une prose stendhalienne à base de cristaux qui s’installent ou se déforment selon des modes et des processus non-scientifiques. Il y a manuel de séduction parce que le héros se demande comment il va pouvoir récupérer la fille qui l’a quitté. Un manuel c’est pratique.

« La séduction consisterait alors à fausser les estimations de l’autre, pour que croyant votre prix élevé, il puisse s’imaginer que le sien l’est aussi. (p 37) »


C’est ici que le bouquin est jeune. Car, le milieu culturel qui a évolué, c’est pour se résumer, des jeunes gens qui ont fait en masse de longues études très mathématisante et scientifiques, leurs parents ayant compris que le grec ancien ( Nausicaa aux bras blancs) et le Latin (timeo danaos…) ne permettait pas de maintenir très élevée la vitesse de l’ascenseur social. Donc, quand la mésaventure est survenue, notre jeune « plaqué » n’a pas réagi comme l’aurait fait son papa. Ce dernier mobilisait les grands ancêtres. Il allait pleurer avec Lamartine, souffrir avec Vigny et musarder avec Musset. Son fils, a été bourré à Samuelson, aux mathématiques modernes, a du se frotter avec les fractales et maîtriser les langages informatiques dont la beauté formelle et la richesse sémantique n’ont échappé à personne.


Pour séduire une fille qui a reçu le même type d’éducation, les belles lettres de papa deviennent complètement obsolètes. La fille ne comprendrait même pas le vocabulaire. Pas parce qu’elle est blonde et qu’on peut faire des blagues sur ses neurones. Simplement parce que les mathématiques financières induisent une façon différente d’exprimer ses sentiments.

« … je n’aurais pas passé autant de temps avec une financière, avant de me l’être vu voler par un trader, pour pouvoir oublier que les marchés sont le lieu de spéculations. ( p32) »


Le héros contrairement aux apparences n’est pas trader. Mais il connait le truc par cœur et s’il est ingénieur en automation, ce n’est pas parce qu’il ne peut pas « Spieler » mais parce que ça l’ennui tout simplement. En passant, c’est une notation sympathique qui met en défaut tous ceux qui pense que les « jeunes » ne pensent qu’au fric.

Donc, comme il est de formation top, il va utiliser toutes les méthodes top pour évaluer les bons angles d’attaque.

Christophe Mouton va investiguer les techniques disponibles, les stratégies à l’américaine, à la française, mais il va aussi convoquer les séducteurs écrivains d’hier. Il va les soumettre à ses propres grilles de lecture dont celles qui viennent d’une libération de la femme.


C’est ici que le livre le fait « à la française », les exemples du passé ne sont pas là pour rien. Il n’y aura pas dans le livre de Christophe Mouton de querelle des anciens et des modernes. Il y aura qu’un séducteur est une forme d’artiste et que les artistes en séduction ne discutent pas avec la nature (les femmes) mais avec leurs prédécesseurs (en l’occurrence des hommes). Et dans le cas de Christophe Mouton, essentiellement le « Valmont » des « Liaisons dangereuses ».

 « A la française » ? Christophe Mouton est aussi l’homme d’une société qui aime par-dessus-tout le bon mot, la formule ciselée et le risque aussi de déplaire pour avoir voulu se faire plaisir.  

« L’espoir est la laisse de la soumission, l’amour son mors. (p157) »


C’est donc, un livre programmatique. Une méthode. C’est une force pour ce jeune auteur. Parce que maintenant, il n’aura plus, pendant quelques temps, qu’à la mettre en œuvre cette méthode qu’il a mise à jour, transformée en grilles et en tableaux. Il a établi des équations : les inconnues s’y sont glissées. Il ne reste qu’à les découvrir.

 

Et comme l’idéal du séducteur n’est pas « la baise effrénée et olympique » ainsi qu’il l’affirme usant d’un de ses héros comme porte-parole.

« ….Valmont n’est pas un obsédé. Son but n’est pas d’avoir, à tout prix, le plus de filles dans sont lit. Son objectif est d’être celui à qui nulle ne résiste. La différence est de taille. (p138) »

Cela nous promet quelques jeux de l’amour et du hasard, version élasticité de l’offre et de la demande, écart-type et courbe de Pareto. Avec comme toile de fond, cette idée sympathique, qui ne rend pas les choses faciles.

« Il n’y a pas d’homme aspirant à être dominant qui puisse se passer totalement de l’autorisation des femmes. (p 149) »

 

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